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III


Si les anges de Segantini appartiennent à sir Edward Burne-Jones, ses paysans à Millet, ses troupeaux à Jacques, ses montagnes à M. Normann, ses prairies à M. Claude Monet, ses eaux à M. Besnard, qu’y a-t-il donc de lui dans toute cette peinture et en quoi consiste, en dehors de sa villégiature un peu prolongée à 1 817 mètres d’altitude, son originalité ? Le voici.

Quand on considère, dans son ensemble, l’impressionnisme et, par exemple, lorsqu’on entre dans la salle Caillebotte, au Luxembourg, encore qu’il y ait quelque injustice à juger de tout le mouvement luministe par cette hasardeuse confrontation, on constate très nettement deux choses.

La première, c’est que, la tentative impressionniste eût-elle échoué dans tous les autres domaines : figure, composition, genre, histoire, a, du moins abouti, dans le paysage, à des œuvres neuves, lumineuses, dignes, sinon d’être imitées, du moins d’être consultées et que les amateurs peuvent bien hésiter à mettre dans leur salons, à titre de chefs-d’œuvre, mais que les artistes doivent recueillir dans leurs ateliers, à titre de renseignemens. Devant l’exposition récente qu’on a faite au quai Malaquais des œuvres d’un des paysagistes les plus estimés de l’ancienne école, Louis Français, on était bien obligé de s’avouer tous les préjugés et toutes les impuissances de cette école, lorsqu’il lui fallait reproduire les vibrations de la lumière du Midi ou tout simplement de midi, et de constater que cette exposition ouverte en l’honneur d’un maître du passé tournait, pour tout observateur impartial, en une involontaire apologie des modernistes. Qu’on admire ou non les tentatives de MM. de Nittis, Claude Monet, Pissarro, Sisley, on ne peut nier qu’ils aient fourni d’utiles indications et de subtiles découvertes. Et, dans l’arsenal de leurs observations et de leurs théories, tout paysagiste moderne doit prendre quelques armes, sinon son drapeau.

La seconde chose qui frappe à l’examen de la salle Caillebotte, est que l’impressionnisme, même dans ses meilleures œuvres, semble toujours ne pouvoir produire que des études et jamais un tableau, c’est-à-dire qu’il réalise parfaitement un des desiderata de l’œil qui aime à voir vibrer la lumière, mais nullement les autres désirs que nous avons du sujet bien défini, de la plasticité