Page:Revue des Deux Mondes - 1898 - tome 147.djvu/238

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l’Église d’avoir fait dans le passé, — dans un passé dont ils arrangent d’ailleurs l’histoire au gré de leurs passions, — c’est précisément ce qu’ils font depuis plus de vingt ans : ils font servir à la propagation d’une doctrine philosophique tous les moyens de l’action gouvernementale. Quiconque ne pense pas comme eux, ils l’excommunient : ils le chassent de la République ; ils le dénoncent à l’exécration de tous les « républicains ». Ainsi faisait hier encore M. Brisson à Paris, M. Léon Bourgeois à Niort. Et, à la vérité, M. Méline et ses ministres ne parlent pas tout à fait le même langage, mais que voulaient-ils dire cependant, quand ils s’engageaient l’autre jour, M. Méline « à repousser l’envahissement du clergé dans le domaine politique, » et M. Barthou à respecter « les lois intangibles » ?

Il faudrait en effet s’entendre. « Qu’est-ce qu’un état de choses, demandait M. Etienne Lamy, où le titre de catholique suffit à écarter un homme des charges publiques ? » Et il exagérait, il allait un peu loin : le titre de « catholique » ne suffit pas encore pour empêcher un Français d’être évêque ! Mais qu’il suffise à l’écarter des emplois politiques ou, pour mieux dire encore, du maniement de ses propres affaires, — car enfin, catholique ou non, pourquoi les affaires de la France ne seraient-elles pas aussi bien les miennes qu’elles sont celles de M. Millerand ? — c’est ce que prouve l’exemple de M. Lamy lui-même et c’est un point sur lequel il faudra que la prochaine Chambre s’explique plus nettement que M. Méline. Un peu plus de justice, et un peu plus d’égalité ! Nous repousserons, si l’on le veut, « l’envahissement du clergé dans le domaine politique », quoique cependant un prêtre ne cesse pas d’être un citoyen, et qu’on voie mal pourquoi ce qui est permis à l’instituteur ne le serait pas au curé du village. Mais nous demanderons que l’on repousse également, dans le même « domaine politique » et avec la même vigueur, l’envahissement de la franc-maçonnerie, qui est beaucoup plus qu’un diocèse, et de la libre pensée, qui est toute une Église. Au temps de ma jeunesse, nous appelions M. Ernest Havet : « le sacristain d’en face » ; les solennels Brisson, les sémillans Bourgeois sont aujourd’hui les bedeaux de la libre pensée. Ne serait-il pas temps qu’on les renfermât, comme les autres, dans les limites de leur paroisse ? et l’opinion publique, l’opinion politique aura-t-elle encore longtemps pour leur philosophie de sectaires la complaisance qu’elle n’a plus, je ne dis pas pour le clergé, ni même pour les catholiques, pratiquans, déclarés, militans, mais pour tous ceux qui croient que le catholicisme a du bon, qu’il a de l’excellent, et que Voltaire, avec tout son esprit, assez grossier parfois, Renan, avec tout son