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littérature, à chérir les poètes et les orateurs d’Athènes, à nouer avec Homère ce commerce assidu qui ne devait cesser qu’avec sa vie. Il se pénétra de l’arôme classique. Ce n’était point un reclus. Il vivait avec une cohorte d’amis, parmi lesquels le plus intime était Arthur Hallam, le fils de l’historien, celui dont Tennyson immortalisa le nom par son In memoriam. Avec eux, Gladstone prenait part aux débats de la parlote où il fit ses débuts, le 29 octobre 1825, et il rédigeait le journal d’Eton. Aussi quand, après une courte retraite préparatoire, il arriva à Oxford, il y avait été précédé d’une enviable réputation. C’était en octobre 1828. On sait quelle influence immense Oxford a exercée sur son esprit. Il ne sut ou ne voulut jamais se soustraire au charme subtil et fort de cette cité de l’esprit, à la fois forteresse de l’anglicanisme, asile des spéculations les plus hardies et temple de la tradition classique. Jusqu’à son dernier soupir, Oxford fut l’objet de sa révérence et de son amour, et l’un des suprêmes et des plus touchans messages qu’il envoya de son lit de mort fut à l’Université qu’il avait tant chérie et si bien servie.

Pour bien saisir la nature exacte de l’influence de cette Alma mater, il importe de noter le moment précis de son séjour à Oxford. Déjà, sans doute, dans un coin obscur du collège d’Oriel, quelques jeunes gens, parmi lesquels l’un, Newman, avait été touché au front du rayon du génie, préludaient à ce mouvement anglo-catholique qui devait si puissamment modifier la vie religieuse de l’Église anglicane en la ramenant, par-delà la Réformation, aux dogmes et aux pratiques du catholicisme primitif et qui devait aussi rejeter malgré eux dans le sein de l’Eglise catholique — la vraie, celle de Rome — quelques-uns de ses initiateurs. Toutefois l’étendard n’était pas levé encore ; il ne le fut que quatre ans plus tard, au jour de ce fameux Sermon des assises, prononcé par Keble, que Newman considéra toujours comme le premier coup de clairon de la campagne. Etant donnés le tempérament de Gladstone, la susceptibilité avec laquelle il recevait à cette date les impressions, la persévérance avec laquelle il les conservait, il est à croire que s’il avait été plongé au milieu de la crise tractarienne, si surtout il avait subi directement l’influence personnelle de Newman, il aurait été l’un des plus ardens et des plus fidèles disciples de la cause, et il aurait suivi, en 1846 ou en 1852, le premier ou le second ban de ceux qui passaient au catholicisme. Dans le fait, Gladstone, jusqu’alors élevé dans les