Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/41

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les uns sur les autres dans un désordre inexprimable. Cette déroute entraîne la retraite des autres colonnes autrichiennes, d’ailleurs serrées de près par les Piémontais, retraite qui s’opéra en belle contenance.

Les zouaves, enthousiasmés de ce roi aussi endiablé de vaillance qu’eux-mêmes, se souvenant de l’hommage rendu par leurs anciens au général Bonaparte le soir de Lodi, portèrent à Victor-Emmanuel le diplôme de caporal. De son côté, le Roi n’oublia pas le spectacle inouï d’élan dont il avait été le témoin, et il n’appela jamais ce régiment que l’impareggiabile (l’incomparable).

L’Empereur, dès les premiers coups de canon, s’était, de Vercelli, porté sur le théâtre de l’action ; il fut témoin du triomphe des zouaves et de Victor-Emmanuel. En regagnant son quartier général, il atteint un détachement de cavaliers piémontais escortant des prisonniers ; le chef du détachement s’arrête et rend les honneurs militaires ; l’Empereur lui adresse quelques mots courtois sur le combat ; le sous-lieutenant répond en un français si pur, que l’Empereur, surpris, lui dit : « A qui ai-je le plaisir de parler ? — Je suis le duc de Chartres, » répond simplement l’officier. L’Empereur le salue et continue sa marche.

Les combats de Palestro nous rendaient maîtres de la rive gauche de la Sesia. N’étant plus condamnés à un échelonnement périlleux, nous continuâmes tranquillement le mouvement tournant jusqu’à Novare. Le 1er juin, il est terminé. Ce résultat était immense.


Emile Ollivier.