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gardes-malades et l’une des religieuses qui l’avaient aidé à soigner le malheureux Barisch, tombèrent malades à leur tour ; l’une d’elles, dès le lendemain. Trois jours après, le 21 octobre, le docteur Müller, tout en leur prodiguant ses soins, reconnut sur lui-même les premiers symptômes de la maladie et comprit qu’il était perdu. Ne voulant entraîner personne dans son désastre, il s’enferma dans sa chambre pour mourir isolé. Il succomba, en effet, dans la nuit du surlendemain. Tandis qu’il en était encore capable, il écrivit à ses parens, à ses frères et à ses sœurs une lettre d’adieux touchans et demanda qu’un prêtre lui donnât, de la rue, à travers sa fenêtre ouverte, l’absolution et la bénédiction des derniers sacremens. Sa lettre à sa famille se terminait par le post-scriptum suivant : « Je voudrais être brûlé sur un bûcher afin de ne mettre personne en péril. Recueillez mes cendres et déposez-les dans le cimetière de Dœbling, près de ma grand’mère. » Cette fin résignée du jeune savant fut à peu près aussi la fin de l’épidémie. Elle s’éteignit, après avoir fait encore une troisième victime. L’une des gardes-malades qui avait consenti à recevoir une injection du sérum antipesteux envoyé par l’Institut Pasteur, Pecha, résista dix jours et finit, cependant, par succomber. Les autres guérirent plus ou moins rapidement.


IV

La diversité des formes de la peste. — Le diagnostic de la peste est devenu facile, depuis que l’on connaît les diverses formes sous lesquelles elle se manifeste. C’est là, d’ailleurs, une notion encore toute récente ; elle remonte à peine à trois années. D’autre part, cette variété d’aspects s’explique naturellement par la variété même des organes par lesquels l’agent d’infection, le bacille de la peste, s’introduit dans l’organisme. La gravité de la maladie, elle aussi, est en relation, on le comprend sans peine, avec la forme qu’elle revêt, et par conséquent avec l’organe d’accès. Mais elle dépend encore d’une autre circonstance, c’est à savoir, la condition propre du microbe, plus ou moins exalté ou atténué dans sa virulence suivant les péripéties qu’il a subies, lui ou ses ascendans.

Les deux formes principales de la peste sont la forme bubonique, qui est la forme commune, la seule qui ait été connue pendant longtemps (peste à bubons, peste bubonique) ; en second lieu,