Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/172

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26 août. — Les troupes arrivent à leur tour. On les attend. On est aux portes, aux fenêtres ; on s’attarde aux trottoirs, et sur les jolies tètes penchées, les ailes blanches des coiffes bretonnes voltigent, frétillantes : Hé ! ma doué ! viennent-ils ?… Oui, les voilà, voilà les soldats de Quimper et ceux de Morlaix… Pas de bruit, d’ailleurs, que le pas cadencé sur le pavé sonore ; pas de cris : une curiosité naïve, souriante ; un bon accueil, simple, « ingénu… »

Promenade à la tombée du jour à l’est de la ville, au-dessus de la gare, du port de commerce et de Porstren. La vue est belle ; mais cette rade est trop grande : sur cette immense nappe d’eau, l’escadre est perdue et ses grands cuirassés sont tout petits. Rivages trop lointains, trop estompés, d’un tracé trop monotone. Ce n’est point le cadre un peu serré, mais précisément si « juste » de la rade de Toulon et ses belles montagnes lumineuses, aux contours fermes, au dessin classique…

Ici de jolis bleus grisâtres, chinés de floches blanches, avec le couchant rouillé d’une fin de journée venteuse. Le baromètre baisse.

27 août. — Vilaine journée d’automne précoce : du vent, de la pluie froide, un ciel lugubre, tourmenté… Quelle malechance si ça durait demain et après-demain ! Il n’en faudrait pas plus pour le décri de ces pauvres opérations combinées. Allez donc raisonner avec des gens qui ont eu vingt-quatre heures de mal de mer !…

Préparatifs d’appareillage ; et, comme le départ aura lieu de bonne heure, il n’y aura point de permissionnaires de nuit. A peine cette décision est-elle connue, que l’officier en second est assailli de demandes particulières. C’est étonnant le nombre de sous-officiers qui ont laissé tout leur linge à terre. Au quatrième, il devient inexorable. Nous avons déjà deux « absens illégalement », deux farceurs de mathurins en bordée…

28 août. — Grande surprise et agréable : très beau temps, ciel radieux ; un air élastique, frais, vibrant, d’une pureté telle, — lavé par la pluie d’hier, — que d’ici je distingue les détails des gros bastions naturels de Quélern, si admirés de Vauban.

A 7 heures, le Bouvines et le Tréhouart, éclairés par le contre-torpilleur La Hire, sortent avec une avance d’une heure pour