Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/205

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les « bayeuses » de la cour, curieusement penchées sur les turbans des Orientaux. Le faux ambassadeur eut son audience de congé avec le même apparat, le 13 août ; ce fut « la dernière action publique du roi : » farce solennelle dont on amusait sa vanité. Il en reste quelque chose de macabre sur cet amusant tableau. Louis XIV soupa ce même soir pour la dernière fois au grand couvert, se mit au lit et ne se releva plus.

Aussi bien, ce n’est plus lui qui règne, dans cette réunion de gens caducs ; c’est la Dame, celle à qui semblent obéir tous ces personnages tournés vers elle. Mme de Maintenon figure deux fois dans le salon que sa présence emplit : en sainte Françoise Romaine, sur un portrait peint par Mignard ; au naturel, sur la grande toile de Ferdinand, toute de noir vêtue, avec sa petite nièce d’Aubigné qui joue entre ses genoux, et les bâtimens de Saint-Cyr dans le fond de la perspective. Les traits un peu bouffis gardent les restes d’une beauté si patiemment défendue ; les yeux jettent encore leur flamme intelligente, surveillée.

La Dame tient ici son cercle ; précisément au-dessous du cabinet, aujourd’hui détruit, où les affaires de la France et de l’Europe aboutirent pendant trente ans dans son giron. Mais il se peut que cette place lui rappelle mieux encore, l’heure la plus mémorable de sa carrière. A partir de 1669, la chapelle provisoire du château engloba la salle où nous regardons ce tableau. Les versions contemporaines diffèrent sur le lieu et les circonstances du mariage : il y a des raisons de croire que Mme de Maintenon fut mariée ici. Ici peut-être elle vint s’agenouiller une nuit, devant le Père de La Chaise, aux côtés de Louis XIV, entre Louvois et Harlay, pour recevoir la bénédiction qui la faisait presque reine de France.

La Dame médite. Contemple-t-elle ce grand miracle, sa vie ? Qui la connaît bien croira volontiers qu’elle est sincère en pensant que Dieu lui-même a voulu le miracle : pour retirer le roi d’un abîme de perdition, pour purifier au feu d’un saint amour ce voluptueux Versailles, le château né de l’amour coupable. Déjà, quand le roi Louis XIII allait plus souvent « à son plaisir de Versailles, » c’était pour y donner collation à Mlle de La Fayette ; il engageait la jeune fille à venir demeurer dans sa maison de chasse, « pour y vivre sous ses ordres et y être toute à lui. » Il y porta son chagrin, le jour même où La Fayette se réfugia au cloître, 19 mai 1637. Vingt-six ans plus tard,