Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/244

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M. Waldeck-Rousseau, et, sans croire à la possibilité de fixer un minimum uniforme et immuable, nous sommes bien d’avis que le gouvernement et les Chambres n’ont ici rien à faire : ce n’est pas une loi qu’il faut, mais un contrat. Seulement, ce qui est vrai pour la fixation du salaire l’est aussi pour celle de la journée de travail, d’autant plus que, bien que les deux questions puissent à la rigueur être traitées indépendamment l’une de l’autre, elles ont beaucoup de points de contact et sont évidemment de même nature. Pourquoi mettre la première en dehors du domaine législatif, et y laisser la seconde ? Mystère et contradiction. Quoi qu’il en soit, M. le président du Conseil s’est réservé d’étudier la question de la journée de huit heures. Il a fait entendre que cette étude pourrait être longue, car la question était complexe et exigeait une enquête approfondie. Depuis, M. le ministre des Travaux publics, entendu par la commission compétente, a montré toutes les difficultés du problème, s’appliquant même plutôt à les mettre en relief qu’à les dissimuler. Il aurait fallu avoir le courage de dire que ces difficultés étaient actuellement insolubles. Le temps, les mœurs, la discussion entre les syndicats ouvriers et patronaux, la comparaison avec ce qui se passe à l’étranger, c’est-à-dire une connaissance sérieuse des conditions de la concurrence, peuvent amener la diminution graduelle de la journée de travail et ramèneront presque certainement. Mais une loi serait ici non moins déplacée que dans les questions de salaire. M. le président du Conseil ne l’a pas dit : il a mieux aimé laisser dans l’imagination des ouvriers une espérance chimérique et dangereuse avec laquelle nous aurons de nouveau à compter. Sur le troisième point, celui des retraites, le gouvernement s’est montré disposé à faire quelque chose : mais quoi ? on aurait voulu le savoir. Cette fois, nous ne disons pas que le législateur soit incompétent. Si l’on admet la participation de l’État à une caisse de retraites, ou même de secours, une loi est nécessaire pour fixer la proportion dans laquelle elle aura lieu. Mais nous venons précisément de voir combien cette loi est difficile à faire. Le gouvernement, en effet, à déjà déposé un projet sur les retraites ouvrières. Bien plus, la discussion en a été commencée avant les vacances parlementaires, et elle a déjà rempli plusieurs séances de la Chambre. A mesure qu’on avançait, on s’apercevait davantage que le projet ne tenait pas debout et qu’il avait besoin d’être remanié dans son ensemble. Le gouvernement annonce un nouveau projet : que sera-t-il ? Sera-t-il une réédition augmentée du premier ? En sera-t-il seulement un morceau détaché ? Cette dernière hypothèse est la plus vraisemblable. Autant que