Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/334

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Ne bannis pas les animaux de ta demeure, ni de la vie de famille ; les enfans et les animaux font de si bons compagnons de jeux ! et qui pourrait dire lesquels gagnent davantage en ce commerce ?

Ou s’aperçoit sans peine qu’il est principalement question dans ces lignes émues des animaux domestiques. Et, tant que la sympathie du poète ne dépasse pas ce cercle intime, celui même des animaux utiles ou relativement inoffensifs, petits oiseaux qu’il nourrit durant l’hiver, papillons dont il aime à suivre les ébats, son lecteur demeure sous le charme et applaudit sans arrière-pensée à ces nobles exhortations. Il y a de par le monde assez de cruauté sans motif et de brutalité superflue pour qu’il soit facile d’excuser une tendresse un peu molle vis-à-vis des auxiliaires et des amis de l’homme dans sa lutte pour la vie.

Cette tendresse, nous l’avons vue déjà s’étendre, plus ardente encore, vers le monde végétal, cher au cœur du poète. Là, par bonheur, il y a moins à protéger, moins à défendre contre l’égoïsme et la cupidité. Et pourtant l’apostolat de Christian Wagner trouve encore un favorable terrain d’action sur le sol forestier. La rapacité et l’imprévoyance humaine y sévissent trop souvent, et le culte de la forêt occupe à bon droit sa place parmi les préceptes de l’Évangile Nouveau. Devons-nous voir là le résultat de quelque hérédité lointaine, chez le petit-fils des colons de la forêt germanique ? Aurait-il, cette fois encore, fait directement emprunt aux vieilles doctrines hindoues, qui montrent le même respect pour la verdure sacrée ? A-t-il enfin traduit instinctivement, par un mythe pittoresque, cette grande loi de la nature que nous avons esquissée précédemment : celle de la régénération du carbone, brûlé dans le corps des animaux, par la chlorophylle, la matière colorante verte des feuilles ? Et, en effet, si l’on réfléchit un instant à cette admirable économie de l’univers, comment ne pas convenir que la teinte verte du monde végétal est la condition même de la vie sur le globe, où l’on voit, grâce à ses services, l’existence renaître et se perpétuer en un cycle sans terme. C’est donc l’ingénieuse traduction mystique d’une loi de la science que cette conception chère à l’esprit de Wagner de la forêt qui absout, qui réconcilie. « La forêt, a-t-il dit dès les débuts de sa prédication [1], est sacrée, parce [2]

  1. I, 7.
  2. II, 13.