Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/359

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été question plus haut. Elle nous conduit tout droit à l’agora, centre du commerce et de la vie publique.

Ce n’est pas le moindre intérêt des fouilles de nous avoir révélé, avec une précision inespérée, le type le plus achevé de l’agora grecque au temps des successeurs d’Alexandre. Elles nous offrent, en effet, le vivant commentaire des textes qui opposent aux anciennes agoras, construites suivant le système archaïque, celles où étaient appliqués des principes plus modernes de régularité et de symétrie, c’est-à-dire les agoras du type ionien. Les premières nous sont connues par un exemple suffisamment caractéristique, depuis qu’un ancien membre de notre Ecole française d’Athènes, M. Fougères, a fouillé la vieille agora de Mantinée, et a pu la restituer exactement comme un « rectangle irrégulier, bordé de portiques non continus, entre lesquels débouchaient les rues [1]. » Celle d’Elis, dont nous avons une description assez complète pour qu’on ait tenté d’en retracer le plan sur le papier [2], devait offrir un véritable encombrement de temples, de statues, et d’autels ; seul, le milieu de la place restait libre, pour qu’on pût y dresser les chevaux qui devaient courir dans l’hippodrome d’Olympie. Tout autre est le type ionien, d’où procèdent l’agora de Pergame [3] et celle de la ville éolienne d’Ægae, et qui est réalisé à Priène avec une ampleur bien faite pour surprendre, si l’on tient compte de l’espace relativement restreint occupé par la ville. Le premier aspect des fouilles suffit à faire saisir les caractères essentiels de ce type ionien. Lorsque l’œil aperçoit, dessinées en clair par la blancheur des marbres, les lignes droites de ce vaste rectangle tracé avec une régularité impeccable, les alignemens des portiques tirés au cordeau, il déchiffre immédiatement le plan d’ensemble, écrit avec une parfaite netteté. Rien ne fait mieux comprendre comment, après avoir longtemps cherché dans l’édifice isolé la perfection des formes, le goût hellénique s’est élargi et s’est épris des belles ordonnances monumentales, appliquant ainsi les mêmes principes qui guident aujourd’hui l’architecture dans la décoration des villes modernes.

La grande rue qui traverse l’agora la divise en deux parties

  1. G. Fougères, Mantinée et l’Arcadie orientale, p. 165.
  2. Werninke, Jahrbuch des archaeologischen Instituts, 1894, p. 128.
  3. Nous avons étudié l’agora de Pergame dans l’ouvrage que nous avons publié en collaboration avec ; M. Pontremoli : Pergame, restauration et description des monumens de l’Acropole. Paris, Société française d’éditions d’art, 1900.