Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/395

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Vaincu par l’une en 1810, il finit par croire opportun de se rallier aux hommes qui la personnifiaient en 1814, pour les attirer à ses propres idées et reprendre sous leur nom la tête des affaires. Aussi, durant cette année 1815 qui vit se succéder en France trois gouvernemens, Fouché, poussant en dehors ou en dedans de leurs remparts branlans aussitôt qu’élevés ses approches et ses contre-approches, épuise, en ce qui le concerne, toutes les chances et toutes les surprises de la fortune. Au milieu de l’imbroglio où il se joue des divers partis, il paie d’audace, il affronte de haut et à fond le sentiment public. « Je n’ai jamais manqué de fidélité à personne, » ose-t-il dire le 12 mars, au lendemain de ses offres à Louis XVIII et à la veille de rentrer au service de Napoléon. Le 29 juin, durant cette semaine qui suivit Waterloo et fut pour lui la semaine capitale, celle des trahisons multiples et intéressées, il écrit : « Croyez bien que dans ma position je ne songe qu’à ma patrie. »

Pendant la première Restauration, il s’était posé en disgracié du régime impérial, effaçant ainsi d’autorité son rôle à une époque antérieure et néfaste. Les Bourbons ne songèrent à lui, au printemps de 1815, que lorsqu’ils sentirent le terrain manquer sous leurs pieds ; pour lui, il se demandait alors, les yeux à demi tournés vers le Duc d’Orléans et le roi de Rome, où prendre un gouvernement propre à satisfaire ses ambitions personnelles en même temps qu’à assurer la paix publique. L’homme de l’île d’Elbe reparut soudain, s’imposa à tous et se laissa imposer Fouché, comme un ancien serviteur et comme un représentant de cette Révolution dont les circonstances le refaisaient l’allié et le protecteur ; il lui rendit ses fonctions à la police.

Aux côtés de l’Empereur constitutionnel, le duc d’Otrante essaya de jouer au premier ministre. Après avoir inutilement sollicité le portefeuille des Affaires étrangères, il entama, comme s’il eût repris l’affaire interrompue par sa disgrâce en 1810, des négociations secrètes avec les puissances coalisées. Plus que son collègue de l’Intérieur, il dirigea les élections et, autant que son collègue de la Guerre, il s’occupa de mettre fin aux troubles de la Vendée. Chez lui, il lui plut d’inventer la police « libérale et positive, » tolérante en particulier aux journaux, d’affecter envers les opposans de toute provenance une courtoisie qui touchait à la faiblesse. Napoléon ignorait ou voulait ignorer cette action souterraine ; on surprend cependant, dans des mots plus ou