Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/478

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bilité d’une conduite qui a été générale. On peut même remarquer que la puissance qui a conservé ou acquis une action prépondérante à Constantinople est l’Allemagne, c’est-à-dire celle de toutes qui s’est montrée le plus froidement indifférente au malheur des Arméniens. Mais nous aurons à revenir sur ce point. Si l’on dit que l’Europe tout entière a perdu alors aux yeux du Sultan quelque chose de sa force d’intimidation, nous le voulons bien, pourvu toutefois qu’on n’attribue pas arbitrairement à la France une place privilégiée dans cette déchéance. La vérité est ailleurs. Elle est dans l’incohérence de notre politique, incohérence qui rend toute diplomatie bien difficile, et que nos rivaux ne manquent pas d’exploiter contre nous. Nous leur fournissons des armes, ils s’en servent. Grâce à eux, l’opinion se répand de plus en plus dans les cercles levantins que le gouvernement de la France est, par sa nature même, incertain de son lendemain, incapable d’une action rapide et vigoureuse, profondément discrédité à l’intérieur et insuffisamment relevé à l’extérieur par une alliance où il accepte un rôle subalterne.

En reproduisant ce langage, Dieu nous garde d’en reconnaître l’exactitude ! On vient de voir à quel point il était mensonger. Mais ne lui donnons-nous pas quelquefois quelque vraisemblance ? Il y a eu, à d’autres époques, une politique française qui savait prévoir les événemens, les préparer, les diriger, enfin agir à propos et se faire respecter de tous. Elle était assez nette pour frapper tous les esprits, et, au besoin, assez hardie pour imposer aux imaginations. Si nous n’en sommes plus là aujourd’hui, la faute ne peut en être imputée qu’à nous-mêmes. On fait courir contre nous de mauvais bruits, qui courent malheureusement très vite et se répandent très loin. On nous calomnie, certes ! mais la calomnie prend avec une facilité désespérante. Une circonstance récente a permis, surtout à Constantinople, de montrer ce qu’il y a de décousu et de heurté dans une politique qui dissout les congrégations religieuses au dedans et qui les soutient au dehors. On a beau répéter le fameux mot de Gambetta, que l’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation, ce n’est là en somme qu’un mot spirituel, et, s’il nous suffît, à nous qui y mettons de la complaisance, on comprend qu’il ne suffise pas à tout le monde pour expliquer une aussi impertinente contradiction. En tous cas, nous commençons à nous apercevoir qu’il ne suffira pas toujours. Peut-être encouragée sous main par les puissances qui ont intérêt à nous supplanter auprès de notre clientèle religieuse, ou qui cherchent à développer la leur à nos dépens, la Porte a manifesté depuis quelque