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l’accueil qu’on leur a fait à leur apparition ? Les lettres de Pline, sans être, à ce sujet, aussi précises que nous le souhaiterions, nous en apprennent quelque. chose. Il nous faut donc, après beaucoup d’autres et en résumant leurs travaux, reprendre les indications qu’elles nous donnent[1].

On a remarqué que, pendant les quatre premiers livres de cette correspondance, il n’est question de Tacite que comme d’un homme très éloquent et qui ne paraît avoir fait encore que des discours. Pline vante à deux reprises ceux qu’il a prononcés dans le Sénat ; il le représente entouré de jeunes gens qui vien- nent se former par son exemple à l’art de la parole ; il le prend pour arbitre dans une question qui concerne l’art oratoire et se déclare prêt à se soumettre à sa décision. Parmi les orateurs de son temps, il semble lui donner la première place, et il en fait d’autant plus volontiers l’éloge que, comme il espère pour lui le second rang, il sent bien que plus il le met haut, plus il s’élève lui-même.

Mais, vers le début du cinquième livre, dont M. Mommsen place la publication entre 105 et 106, nous trouvons une lettre assez énigmatique, et qui donne à réfléchir. C’est une réponse de Pline à l’un des personnages importans de cette époque, Ti- tinius Capito, qui lui a conseillé d’écrire des livres historiques. D’autres aussi, nous dit-il, lui donnent le même conseil. Le ton de la lettre est d’un homme ému, gêné, indécis. Entre l’his- toire et l’éloquence, il hésite ; il doit à l’une sa réputation, et il s’est arrangé pour lui consacrer le reste de sa vie ; mais il voit bien que l’autre, quand on y réussit, procure une renommée plus rapide et plus étendue[2]. Or, Pline, qui est un naïf, ne sait pas cacher la passion qu’il a pour la gloire ; il avoue qu’il ne cesse pas de songer, le jour et la nuit, à ce qu’il pourra faire « pour que son nom vole sur la bouche des hommes » il annonce

  1. Je me servirai surtout de l’Étude sur la vie de Pline le Jeune, par M. Mommsen (traduction de M. Morel dans la Bibliothèque de l’École des Hautes Études, 15e fascicule). M. Mommsen est le premier qui ait essayé de fixer l’époque où les différens livres de la correspondance de Pline ont été publiés. M. Ph. Fabia a donné à la Revue de philologie, 1898, un article intitulé Les ouvrages de Tacite réussirent-ils auprès des contemporains ?
  2. La lettre de Pline mérite d’être lue avec soin ; elle peut servir à redresser quelques idées fausses qu’on se fait de l’histoire chez les anciens. On répète que, chez eux, elle est la même chose que l’éloquence ; Pline marque très bien les différences qu’elles ont entre elles, et que, même dans leur ressemblance, il y a des variétés habet quidem oratio et historia multa communia, sed plura diversa in his ipsis quæ communia videntur.