Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/53

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le vainqueur doit proclamer d’abord qu’il a l’intention de pousser sa victoire jusqu’à la destruction de son adversaire comme État. De plus, il est nécessaire que ses forces aient établi une situation de fait qui corresponde à sa proclamation et qui ne soit pas contestée par d’autres États. Tant que les alliés de l’État vaincu tiennent encore la campagne en dehors de ses frontières, la continuation de l’ancien État est présumée de droit, même si les autorités de cet État chassées ou traquées ne peuvent plus gouverner de facto, un chef d’État pouvant régner temporairement en pays étranger [1]. »

Dans le cas qui nous occupe, des deux conditions qui, selon Holtzendorff, sont indispensables, la première seule est remplie. Les Anglais ont bien proclamé l’intention, mais la force, les moyens leur manquent. Le raisonnement de M. de Holtzendorff indique clairement qu’il estime indiscutable que, tant que des forces militaires ou des citoyens en armes de l’État le plus faible continuent à combattre pour le maintien de leur indépendance, il ne saurait être question d’annexion. La pensée ne lui en vient même pas. On dirait que c’est, à son avis, une absurdité, et c’est pourquoi il ne se place que dans l’hypothèse où l’État vaincu ne peut plus lui-même disposer d’aucune ressource. Même alors, c’est une chose si énorme que de vouloir anéantir l’indépendance d’une nation, que la continuation de l’état normal, — celui d’avant la guerre, — est présumée de droit, tant que l’État vaincu a encore, fût-ce en dehors de ses frontières, un allié qui tient la campagne.

Or, à l’heure qu’il est, en Afrique, ce ne sont pas des alliés, mais ce qui, en matière de droit, vaut beaucoup mieux, ce sont les forces militaires elles-mêmes, ce sont les burghers armés des deux Républiques qui tiennent eux-mêmes la campagne. Le commandant général Louis Botha avait encore toute une armée sous ses ordres dans certains « districts » ou parties du territoire de la République Sud-Africaine où jamais un soldat anglais n’avait posé le pied, et Christian de Wet, l’insaisissable général de l’État libre d’Orange, continuait, — comme il a continué depuis, — à être partout où on ne le cherchait pas, au moment où cependant lord Roberts n’hésitait pas à proclamer l’annexion, sans prendre garde du reste que, presque en même temps, il vouait combien peu, en fait et en droit, il était fondé à la

  1. Von Holtzendorff, Handbuch des Völkerrechts, II, § 22.