Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/962

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pas fait d’économies ! M. le rapporteur général a montré par là ce qu’il entendait par des équilibres variables. S’il en veut un, quelle qu’en soit la nature, dans le budget de 1902, il devra chercher d’autres ressources, ou faire encore d’autres économies. Personne ne doute, en effet, que le budget des cultes ne soit rétabli, et M. le ministre des Finances a même annoncé, d’un ton léger, mais péremptoire, que M. le président du Conseil en faisait son affaire. On attend de lui un discours que nous aurons certainement à louer, au moins dans ses hgnes générales, comme nous avons loué celui qu’il a prononcé sur le protectorat catholique de la France en Orient et en Extrême-Orient. Il promettra d’ailleurs de proflter des droits et des moyens d’action que le Concordat et le budget des cultes lui assurent, pour imposer au clergé séculier une discipline sévère, ce qui donnera une grande satisfaction à la gauche ; et le budget des cultes sera sauvé. Mais le budget sera, en déficit. Comme il l’est déjà pour une somme très supérieure, vingt millions de plus ou de moins ne tirent pas à conséquence.

M. Ribot, dans un tableau à grands traits qu’U a tracé de l’histoire (mancière de la troisième République, y distingue quatre périodes. La première, qui va de 1870 à 1876, a été consacrée à la liquidation de nos désastres militaires. La seconde, qui va de 1876 à 1883, a été celle des grands entraînemens à la dépense et des grands emprunts. Nous nous sommes crus plus riches que nous ne l’étions ; nous avons dégrevé d’un côté et dépensé toujours plus de l’autre, jusqu’au moment où nous nous sommes aperçus que nous allions à de très graves embarras financiers. Nous nous sommes arrêtés alors, et, de 1883 à 1893, il y a eu un effort courageux pour rétablir un budget sincère et pour modérer les dépenses. La sincérité du budget a été assurée par son unité : nous voulons dire qu’on y a incorporé toutes les dépenses, au lieu de laisser en dehors, pour figurer dans des comptes spéciaux, quelques-unes d’entre elles et des plus normales. C’était le système au moyen duquel l’Empire établissait en façade l’équiUbre de ses budgets. La République y a renoncé, et il n’était que temps ; mais nous craignons qu’elle n’y revienne. Quoi qu’en ait dit M. le ministre des Finances, elle a fait un premier pas dans ce sens, en « excorporant » du budget les garanties d’intérêts à payer aux compagnies de chemins de fer. C’est un joli mot que celui d’ « excorporer. » On peut croire qu’il n’est pas de nous : nous le devons à M. le rapporteur général Merlou. Il dit d’ailleurs fort bien ce qu’il veut dire, et tout le monde comprend qu’il s’agit par là de payer les garanties d’intérêts avec des ressources d’emprunt. Quel que soit le système d’emprunt