Page:Revue des Deux Mondes - 1902 - tome 11.djvu/34

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Monsieur ne prenait pas au sérieux les comptes de tutelle de sa fille. Dans sa pensée, le chef de la famille d’Orléans avait le droit et le devoir de faire prévaloir l’intérêt général de la maison sur les intérêts particuliers de ses membres. Sa fille du premier lit était puissamment riche. Quoi de plus juste que d’user librement de sa fortune pour le bien commun ? Quoi de plus naturel que de rejeter sur elle la moitié des dettes contractées pour faire paraître la famille avec éclat ? ou de donner un peu de son superflu à ses jeunes sœurs en vue de leur établissement ? Il lui envoya à signer un acte conçu dans cet esprit, et essuya le refus le plus net. Très respectueusement, mais avec fermeté, Mademoiselle annonçait la volonté de s’en tenir aux dispositions de la loi, qui lui garantissaient l’intégrité de sa fortune. Monsieur se mit en colère, après quoi il ne sut plus que faire. La politique lui valut un secours inopiné.

On venait d’arrêter un gentilhomme envoyé en France par Gondé pour porter son courrier. On avait trouvé sur lui, entre autres, une lettre sans suscription, mais évidemment destinée à Mademoiselle et des plus compromettantes pour elle. Mazarin chargea l’archevêque d’Embrun d’en remettre une copie à Gaston. On possède la dépêche où le prélat rend compte de sa mission. En voici les passages essentiels.

A Blois, ce 31 mars 1653.

« Monseigneur,

« Je suis arrivé dimanche au soir en cette ville, où j’ai été accueilli avec toutes les caresses imaginables de Monsieur… J’ai eu, en arrivant, une conférence d’une heure, seul, avec lui, dans son cabinet…

« Je lui ai représenté… par la… lettre adressante à Mademoiselle, ses intelligences avec M. le Prince, les Espagnols et M. de Lorraine, qui étaient toutes marquées visiblement dans la lettre… Il m’a dit là-dessus qu’il était fort mal satisfait de Mademoiselle ; que la reine savait qu’ils n’avaient jamais été huit jours ensemble ; et que présentement elle lui voulait susciter une chicane pour lui demander compte de son bien durant le temps qu’il en avait eu la garde-noble, et qu’ainsi il ne doutait point de son emportement.

« Je lui dis aussi que j’avais ordre de supplier Son Altesse royale de faire deux observations sur cette lettre : la première