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Sachant que la lettre de Condé ne portait pas d’adresse, Mademoiselle nia qu’elle lui fût destinée et le prit de très haut avec son père : — « Je mandai que l’on ne me pouvait ôter mon bien, à moins que d’être déclarée folle ou criminelle, et je savais bien que je n’étais ni l’une ni l’autre. » La réflexion lui ôta cette belle assurance. L’idée d’être « arrêtée prisonnière » la terrifiait, et c’était certainement, de l’avis de ses dames, le sort qui l’attendait à Blois, la raison pour laquelle Monsieur, après le lui avoir tant défendu, lui envoyait à présent ordre sur ordre de l’aller trouver. Elle en versait des torrens de larmes ; elle en fut malade lorsqu’il fallut enfin obéir, et elle avoue qu’en arrivant à Blois, elle avait perdu la tête de frayeur.

Ce fut l’histoire du lièvre et des grenouilles. Les projets de Gaston, quels qu’ils fussent, s’évanouirent à l’aspect de cette personne agitée, et il n’eut plus d’autre pensée que de calmer sa fille pour éviter les scènes. Il y employa toutes ses grâces, qui étaient fort grandes, et contraignit Mademoiselle, rassurée et rassérénée, à convenir que son père pouvait être « charmant. » Les jours s’écoulèrent sans qu’il fût question de leurs démêlés : « — Je lui voulus parler un jour de mes affaires ; il s’enfuit et ne me voulut donner aucune attention. » Mademoiselle se laissait prendre aux délices d’un pays couvert de châteaux superbes où elle était fêtée, et de villes aimables qui tiraient le canon en son honneur. Elle s’y promena une grande partie de l’été (1653) et se sépara de son père le plus amicalement du monde. Huit jours après, la situation était plus sombre qu’avant son départ pour Blois. Les exigences de Monsieur n’avaient pas diminué, son langage se taisait encore plus dur et plus menaçant.


VII

Leurs démêlés traînèrent plusieurs années. Mademoiselle laisse entendre qu’il s’agissait de sommes considérables. Elle raconte tristement les progrès du mauvais vouloir chez son père ; comment les séjours à Blois devinrent si pénibles quelle pleurait du matin au soir ; et comment, sans Préfontaine qui l’en dissuada, elle se serait retirée dans un couvent de Carmélites, « non pas pour être religieuse, Dieu ne m’ayant pas fait la grâce de m’en donner l’envie, mais pour être hors du monde pour quelques années. » L’ennui de la vie claustrale aurait été compensé par le