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V

Les considérations qui précèdent montrent assez l’abondance et la diversité des ressources d’étude mises aujourd’hui au service de la critique d’art. Aussi, avec les facultés naturelles qu’elle suppose et que l’éducation arrive à développer, doit-elle chercher de plus en plus à se donner cette base solide et en quelque sorte scientifique qui trop longtemps lui a fait défaut. De là pour ceux qui aspirent à s’y livrer, — même s’ils veulent se cantonner dans une portion restreinte de l’histoire de l’art, — l’obligation d’acquérir cette culture générale qui seule leur permettra d’apprécier les proportions et l’importance du sujet qu’ils doivent traiter. Sans avoir la prétention de tracer des règles, chacun ayant ses procédés de travail particuliers, j’essaierai de donner simplement ici pour la marche à suivre quelques conseils pratiques qu’une assez longue expérience a pu me suggérer.

Tout d’abord, est-il besoin de le dire, le choix même du sujet, s’il lui est loisible de le faire, doit répondre aux goûts et aux aptitudes personnelles du critique. On ne fait bien que ce qu’on aime à faire : et ayant à vivre longtemps avec la période d’art ou le maître qu’il se propose d’étudier, il faut qu’il trouve en eux un intérêt suffisant pour que, sans compter, il n’épargne ni son temps, ni sa peine. Ce choix fait, il convient de se mettre résolument à la besogne, en établissant tout d’abord une bibliographie complète de tout ce qui a été publié sur la matière et en réunissant, pour les avoir autant que possible sous la main, tous les travaux sérieux déjà parus, afin de les consulter à loisir. Avec un peu de discernement et de méthode, il n’est ni bien long, ni bien difficile de juger la valeur de ces publications antérieures et d’estimer, en les comparant entre elles, le degré de confiance que peut mériter chacune d’elles. Une des tâches les plus nécessaires est de dresser ensuite, avec le plus grand soin et dans l’ordre chronologique, la liste de tous les faits certains et de toutes les œuvres indiscutées. Ce répertoire contiendra non seulement les informations et les dates relatives à l’école ou au maître sur lequel on désire être renseigné, mais celles qui concernent les événemens religieux, politiques, littéraires ou artistiques des périodes ou des contrées voisines. Du simple rapprochement de ces faits et de ces dates ressortent inévitablement