Page:Revue des Deux Mondes - 1904 - tome 20.djvu/24

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le commandant du bâtiment à bord duquel serait Napoléon ne pourrait, sous peine de haute trahison, le débarquer sur un point quelconque du territoire français. Si l’on était forcé de relâcher momentanément sur la côte, ce commandant prendrait toutes les mesures de façon que Napoléon ne pût débarquer. Au besoin, il requerrait les autorités civiles et militaires de lui prêter main-forte. » Les ordres de Decrès des 28 et 29 juin, portant que les frégates ne devaient appareiller que si la croisière ennemie n’était, pas dans le cas de s’y opposer, étaient maintenus et même renouvelés. Enfin, soucieux d’éviter l’accusation d’avoir livré l’Empereur à l’Angleterre, les membres du Gouvernement provisoire mettaient à l’envoi d’un parlementaire aux vaisseaux anglais cette condition expresse que Napoléon en aurait fait d’abord la demande formelle et par écrit. Ce petit papier, pensaient-ils, suffirait à les dégager de toute responsabilité !


III

Le jour même, Napoléon décida d’envoyer des parlementaires à bord de la croisière anglaise. Il semble qu’il n’attendît pour cela que l’autorisation du gouvernement. Il chargea de cette mission Rovigo et Las Cases ; celui-ci savait l’anglais, mais il devait dire qu’il l’ignorait, afin de surprendre les propos que pourraient échanger en leur langue les, officiers de l’escadre. Le lendemain, 10 juillet, les envoyés de l’Empereur s’embarquèrent au point du jour, pour profiter du jusant, sur l’aviso-mouche n° 24. Ils portaient une lettre du Grand-Maréchal au commandant des croisières ; Bertrand demandait en termes très brefs si l’on avait connaissance des sauf-conduits qui devaient être expédiés de Londres pour l’empereur Napoléon et si, dans le cas contraire, l’escadre s’opposerait au départ des frégates destinées à le conduire aux Etats-Unis. C’était le prétexte de la démarche. Le but en était de savoir quel accueil l’Empereur recevrait à bord de la croisière et quelles étaient les dispositions du gouvernement anglais à son égard.

Le commandant du Bellérophon, le capitaine Maitland, reçut avec convenance les parlementaires. Il lut la lettre du Grand-Maréchal, mais, avant d’y faire une réponse par écrit, il s’entretint assez longtemps avec eux. Aux diverses questions qu’ils lui posèrent, il répondit qu’il ne savait rien encore des événemens,