Page:Revue des Deux Mondes - 1904 - tome 20.djvu/97

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qu’elles exigent, ces longues entreprises effraient désormais nos éditeurs. C’est dans une foule de recueils périodiques où ils sont disséminés, — et à la tête desquels il n’est que juste de citer la Gazette des Beaux-Arts, qui, par sa durée déjà longue, le choix de ses rédacteurs et le luxe de ses gravures, a rendu de si grands services à la critique et à l’art contemporain, — que nous sommes réduits à chercher les élémens épars de ces travaux d’ensemble, si utiles à ceux qui ont besoin de les consulter et si intéressans pour tous les gens de goût.


III

On le voit, avec une connaissance plus complète des œuvres des peintres, la critique de notre temps a profité de la mise au jour des innombrables documens qui concernent ces œuvres ou leurs auteurs. Ce double courant d’études, provoqué au début par la France, était peu à peu suivi par les autres nations, chacune apportant à ces travaux les qualités qui lui sont propres. D’une manière générale, la critique d’art s’applique, dans tous les pays, à substituer aux vues individuelles et systématiques cette méthode vraiment scientifique qui, à notre époque, tend à prévaloir dans toutes les directions de l’activité intellectuelle. Est-il besoin d’ajouter que, même avec cette instruction plus sûre, plus précise et plus étendue, chacun garde les préférences auxquelles l’inclinent son éducation, son tempérament et le milieu même où il vit ? Mais, de plus en plus aussi, l’impartialité devient la règle, et si, en philosophie, la doctrine de l’éclectisme n’a guère fait que montrer son impuissance, c’est à un éclectisme instruit et raisonné qu’aboutit la critique d’art de nos jours, en rendant à toute œuvre de valeur la justice qui lui est due et en reconnaissant le mérite partout où il se trouve, indépendamment des caprices et des engouemens de la mode. Les qualités qui font une œuvre d’art supérieure sont assez variées et assez complexes pour qu’il soit intéressant de les discerner et de mettre en lumière celles qui prédominent dans les chefs-d’œuvre.

De bonne heure, en France, la critique avait senti le besoin d’un fondement solide et compris qu’au lieu d’appauvrir le sentiment et le goût, des connaissances positives ne peuvent que les éclairer et leur assurer l’autorité qu’ils doivent avoir. Les artistes et certains amateurs avaient, les premiers, donné l’exemple de