Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/114

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électrique, ce sera moins lugubre. Et puis, commence quelqu’une de tes danses ou de tes scènes mimées, — celle, par exemple, du pêcheur endormi cent ans au fond de la mer ; celle, tu sais, qui exige au dernier tableau un masque de vieillard tout blême, avec une barbe comme des algues blanches…

Le soir, à bord, pendant que la neige tombe abondamment du ciel nocturne, je reçois la visite de quelques-uns de mes amis matelots, en quête de renseignemens plus précis sur la consternante nouvelle et gardant un vague espoir que je la démentirai peut-être, que je les rassurerai un peu.

En dernier, m’arrive une sorte de géant breton, aux jolis yeux de douceur triste profondément enfoncés sous un front large et têtu. Il allait se marier dans un mois, celui-là, quand le navire, qui semblait destiné à un long séjour en France, a reçu l’ordre imprévu de faire campagne en Chine. A l’annonce du retour, il avait employé ses économies à acheter une pièce de crépon blanc pour la robe de noce, et différens bibelots japonais afin d’orner le logis. Mais maintenant, au milieu de sa consternation enfantine, un des points qui le tourmentent le plus, c’est la crainte que tout cela ne se gâte, pendant deux années, dans le faux-pont humide, et il me demande timidement si je ne pourrais pas loger la caisse, sans que ça me gêne trop, dans un coin de ma chambre.

Comment lui refuser cette consolation-là ? Certainement, bien que je sois déjà encombré à ne savoir que devenir, je donnerai l’hospitalité à la gentille pièce de soie blanche et aux modestes cadeaux de mariage.


1er février. — Cédant aux larmes de Mme Prune, j’étais retourné hier à la police nipponne, pour représenter à messieurs les agens qu’il ne s’agissait point d’une migration, mais d’une simple visite de courtoisie, et qu’au bout d’une heure ou deux, nous rendrions toutes ces dames intactes à leurs foyers. On s’était donc excusé de l’offensante méprise, et aujourd’hui nous avons eu la joie de recevoir nos visiteuses, sous un soleil printanier.

Deux sampangs, qui semblaient transformés en des barques cythériennes, toutes de séduction et de grâce, nous les ont amenées au coup de trois heures, pour prendre le thé.