Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/116

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parapluies de chez nous, et, çà et là, quelques autres du Japon, en papier gommé avec des peinturlures, des fleurs et des cigognes envolées, dans cette note plus gaie qu’affectionne encore Mme Prune pour le sien.

Vers les pagodes et la montagne, tout cela se dirige ; par les sentiers mouillés et glissans, tout cela grimpe, au milieu des vieilles tombes charmantes en rangs déjà pressés.

C’est de la poitrine surtout que meurent ces pauvres petits bonshommes ; les paysans même, ces paysans japonais si râblés, aux courtes tailles si bien prises, aux membres d’athlète, s’en vont de ce mal-là, depuis que l’américanisme les oblige à s’habiller, au lieu de vivre nus comme les ancêtres.


3 février. — Encore la neige, le ciel bas et plombé. Ce soir, sur la colline de la concession européenne, où je fréquente peu, j’ai cheminé par une route saupoudrée de blanc, et d’ailleurs bien entretenue, bien droite, bordée de consulats ; on se serait cru en Europe, à la tombée d’une nuit d’hiver, sans les quelques mousmés drôlement emmitouflées que l’on rencontrait de temps à autre, et qui ramenaient la notion du lieu lointain.

J’allais à l’hôpital russe, faire visite à un officier d’un régiment de Grodno, blessé vers Moukden. Auprès de son lit veillait un jeune homme en tenue de malade, avec lequel j’ai causé d’abord sans présentation : un autre officier évidemment, d’allure élégante, au fin visage très français, et parlant notre langue avec un imperceptible accent espagnol. C’était don Jaime de Bourbon, fils de don Carlos, et prétendant carliste au trône d’Espagne. Engagé dans l’armée russe, il avait demandé d’aller en Extrême-Orient, pour guerroyer, par humeur française, et maintenant il était là, convalescent d’un typhus grave pris en Mandchourie.


6 février. — Chez ces marchands de bric-à-brac, qui pullulent chaque jour davantage à Nagasaki, les plus étranges objets voisinent entre eux, éclos parfois à mille ans d’intervalle, mais rapprochés là sur des étagères proprettes, bien époussetés et à peine ternis par la cendre des siècles.

Quantité de débris du palais impérial de Pékin, pris et revendus par des soldats, sont aussi venus s’échouer dans ces boutiques : des bronzes, des jades, des porcelaines. Et les