Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/127

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orpheline que sa captivité solitaire avait rendue avide de tendresse. Mais, ce n’était qu’un roman, et s’il est vrai que le Duc d’Angoulême eût ressenti pour la fille de Louis XVI, au cours de ses malheurs, une pitié qu’éprouvaient alors pour elle toutes les âmes sensibles, il n’est pas moins vrai que cette pitié attendit, pour se transformer en un sincère désir de lui consacrer sa vie, que le Roi eût annoncé sa décision.

L’appel qu’il adressait à son neveu arrivait à celui-ci en un moment opportun. A Edimbourg, le prince se morfondait et périssait d’ennui. A plusieurs reprises, il avait demandé à son père l’autorisation de rejoindre l’armée de Condé où le Duc de Berry, plus heureux que lui, était en train de gagner ses éperons Mais, tantôt pour une cause, tantôt pour une autre, son départ était sans cesse ajourné. Il en gémissait, se considérait comme sacrifié et se demandait s’il serait longtemps encore condamné à une existence inactive et morose. Il accueillit donc avec tout l’enthousiasme dont il était susceptible l’importante nouvelle que son père lui communiqua au printemps de 1796 ; il donna en toute liberté un consentement que, d’ailleurs, il ne lui serait pas venu à la pensée de refuser puisque le Roi avait parlé, et il attendit avec impatience l’ordre de se mettre en route pour le rejoindre. Le Roi ayant été chassé de Vérone et obligé de chercher un autre asile, l’exécution de sa volonté fut différée jusqu’au moment où il se fut établi à Blanckenberg.

Entre temps, le Duc d’Angoulême avait été autorisé à écrire à sa cousine ; elle-même lui avait répondu. De leur correspondance, il ne nous reste rien ou presque rien : deux lettres du prince et c’est tout, ce qui ne saurait surprendre quand on connaît le caractère de Madame Royale. Elle n’était pas femme à conserver pour les historiens de ses malheurs les aveux qu’elle avait reçus de son cousin, ni ceux qu’elle lui avait faits. Très probablement, les lettres échangées entre eux au cours de leurs longues fiançailles furent détruites après le mariage. Les deux qui nous restent ne peuvent que faire regretter la destruction des autres. Elles attestent chez le Duc d’Angoulême une rare délicatesse de sentimens et prouvent que, sous son apparente froideur constatée par d’Avaray, battait un cœur susceptible de s’enflammer et qui, dès ce moment, s’était définitivement donné. Ecrites d’Edimbourg, l’une est datée du 3 septembre 1796, l’autre du 27 février 1797 :