Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/140

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annuelle et une avance pour payer les frais d’établissement, sans parler de la restitution des diamans de la feue reine, qu’elle a pu expédier hors de France avant son incarcération et de diverses sommes qui lui étaient encore dues, au moment de sa mort, sur la succession de sa mère. Toutefois, quel que doive être le résultat des démarches dont est chargé son représentant à Vienne, Mgr de La Fare, évêque de Nancy, il n’y subordonne pas l’union de ses enfans. Il ne négligera rien pour que le succès couronne ses demandes, pour obtenir aussi de nouveaux secours des Bourbons d’Espagne et des Bourbons de Naples en faveur des époux. Mais qu’il y réussisse ou qu’il y échoue, le mariage se fera, car il faut qu’il se fasse et s’il ne peut offrir à sa nièce que la misère et l’exil, il la connaît trop bien pour supposer qu’elle s’en effrayera.

« Je suis très persuadé, lui écrit-il le 28 juillet, que nos parens s’occuperont de pourvoir à notre existence en attendant un temps plus heureux. Je croirais même leur faire une injure mortelle en me permettant un doute à cet égard. Mais, j’ignore ce que leurs moyens leur permettront de faire et du plus ou moins ; j’y suis parfaitement résigné. Il y a longtemps que je ne sais plus ce que c’est même que l’aisance. Je ne la regretterais que par rapport à mes enfans. Mais mon neveu est accoutumé à la même vie que moi ; et vous, ma chère enfant, puis-je oublier celle que les bourreaux de votre famille vous ont fait mener si longtemps ? Mon plus grand regret est de ne pouvoir fixer encore l’époque de notre bonheur à tous. Mais j’espère avoir bientôt un asile fixe et, quel qu’il soit, il sera toujours préférable à la Tour du Temple, et la tendresse que nous vous portons vous dédommagera des vingt mois que vous avez passés seule dans cet affreux séjour. »

La résignation qu’atteste cette lettre et le pessimisme qu’elle trahit sont plus apparens que réels, car le Roi est en ce moment convaincu qu’à défaut de ses parens, le Tsar lui viendra en aide. Assuré déjà d’un asile à Yever en Westphalie, il ne doute pas que ce prince généreux ne lui procure aussi des ressources pour y vivre décemment avec sa famille. Il suffira, le Roi le croit, de demander pour obtenir ; et, en ce même mois de juillet, Saint-Priest part pour la Russie, chargé de diverses requêtes pour le souverain, parmi lesquelles la plus recommandée est celle qui a trait aux moyens de faciliter le mariage de Madame