Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/59

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genèse de ses croyances, d’assister à leur formation, de faire revivre dans leurs poignantes vicissitudes, les drames intérieurs qu’elles ont traversés, et le glorieux dénouement qui en a été la suite. Une lumière plus vive éclaire les raisons qui le firent croire. On se rend mieux compte de la part qu’il faut faire à sa foi intense, de l’action qu’elle a exercée et qui subsiste encore.


I

La vie de Montalembert offre, dès le premier abord, la plus étrange des antinomies. Il est élevé par un grand-père protestant [1], passe sa première enfance dans un pays protestant, l’Angleterre ; sa mère est protestante ; son père, durant longtemps, est plongé dans une absolue indifférence. D’autre part, lui-même poursuit ses études dans ce milieu universitaire dont il a dit qu’on n’y pouvait rester huit jours (tel qu’il existait alors) sans perdre sa foi et ses mœurs ; où, parmi les jeunes gens de son âge, il en comptait un sur vingt qui ne fit pas profession d’incroyance. Son adolescence s’ouvre en plein déchaînement d’hostilités contre le catholicisme, quand aucun prêtre ne peut se montrer dans la capitale en habits ecclésiastiques, et le lendemain du jour où l’archevêché de Paris a été saccagé aux acclamations de la foule, en présence de dix mille hommes de la Garde nationale, l’arme au pied ; dans un moment où, de toutes parts, sonne le glas funèbre des croyances chrétiennes ; où la négation, la haine, le mépris, le sarcasme sont partout, dans la presse, dans les grands cours publics, au théâtre, dans les régions officielles ; où la voix d’un des plus hauts représentans de l’Université convie le monde à assister aux funérailles d’un grand culte ; où un écrivain célèbre déclare que la vieille religion est tombée en dissolution et que la majorité des Français ne veut plus toucher du pied ce cadavre : voilà au milieu de quel concours de circonstances le jeune Montalembert témoigne publiquement d’une foi si ardente, si assurée, si intrépide, qu’à peine exagérerait-on en disant qu’il faut remonter aux origines du christianisme pour en découvrir une aussi éclatante. Et, chose étrange ! ce grand-père protestant, cette mère née en dehors du

  1. M. James Forbes, descendant des comtes de Granard, établis en Ecosse sous Charles Ier.