Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/72

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Il venait de terminer la plus grande partie de son livre, en novembre 1834, quand il se rendit à Pise, auprès de ses amis La Ferronnays, Albert et Alexandrine ; Albert, déjà atteint mortellement, oubliait toutes les menaces dans la joie d’une union incomparable. Ce sont ces âmes si belles, si pures, si croyantes, qui reçurent les premières communications de l’histoire de sainte Elisabeth. C’est auprès d’elles que, s’élevant peu à peu dans des régions plus sereines, il adresse de Pise à Rome, au mois de décembre 1834, son adhésion à l’Encyclique. La rupture avec Lamennais était consommée.


IV

Cette crise suprême de la jeunesse de Montalembert, qui aurait pu être si fatale à sa foi, ne devait malheureusement pas être la seule. Bien des années après la mort de Lamennais, deux défections qui eurent dans l’Eglise un profond et cruel retentissement, vinrent attrister sa vie et renouveler ses tourmens. Lors de son premier voyage à Munich, il s’était lié avec l’abbé Dœllinger, alors dans tout l’éclat de sa renommée naissante, et déjà considéré par l’Eglise comme une de ses gloires.

Professeur à l’Université de Munich, Dœllinger figurait au milieu de savans tels que Gœrres, Baader, Ringseis, Klee, Mœhler, Moy, Philips, et il était digne d’eux. Député de l’Université au parlement bavarois, plus tard député au parlement de Francfort, il y avait défendu les intérêts religieux avec autant de savoir que d’éloquence. La publication de travaux considérables où la vérité chrétienne était établie au point de vue historique, avec une solidité qui semblait défier toutes les attaques, mit le comble à sa réputation. Et pourtant, ce même homme qui, en 1832, à Munich, interrogé par Lamennais sur le parti à prendre vis-à-vis de l’Eglise, lui avait répondu si nettement : « se soumettre, » marchait vers la même destinée que le fondateur de l’Avenir. C’est qu’il le rappelait par bien des traits. Chez lui également, une sensibilité de tête plus que de cœur, et presque rien en fait de ministère sacerdotal ; peu de vraie piété, peu de visites aux pauvres, aux malades ; la vie écoulée dans une bibliothèque ; un orgueil qui devait se révolter à la première contradiction et le placer au-dessus de toute autorité.

Montalembert ne fut pas le témoin de la rupture publique