Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/79

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faisant comprendre, dans son vrai sens, le document pontifical. Depuis lors, les déclarations de Léon XIII ont été assez formelles pour dissiper toute incertitude.

Cependant, malgré les explications les plus autorisées, les adversaires de Montalembert se prévalaient du texte du Syllabus pour signaler ses doctrines comme dangereuses et contraires aux enseignemens de l’Eglise. Des approbations étaient cherchées pour ces attaques, non seulement parmi les évêques, mais jusque dans l’entourage du Pape. Montalembert s’en affligeait et s’en inquiétait. Sur le fond de ces doctrines, une simple considération de fait aurait dû suffire pour le rassurer pleinement : la Constitution belge renfermait toutes les libertés revendiquées dans son programme ; or, les évêques belges prêtaient serment à la Constitution, et le Saint-Siège les approuvait. Cette solution pratique l’emportait assurément sur les discussions abstraites. Sur ce dernier terrain, Montalembert aurait pu, comme la plupart de ses amis, se rassurer par la pensée que ce que le Pape défendait, c’était seulement d’ériger les circonstances contingentes en principe universel, en idéal absolu de perfection. Sous le bénéfice de cette réserve les rédacteurs de la principale revue catholique de France n’avaient pas cessé de soutenir leurs préférences, et on ne les condamnait point. Comme l’écrivait alors l’archevêque de Paris, « ce que demandent et cherchent les peuples dans leurs aspirations inquiètes vers le progrès, la liberté et la civilisation, Pie IX ne le maudit pas ; il déclare seulement ne s’être donné aucun tort à l’égard de ces choses quand on les comprend bien, et ne pouvoir pactiser avec elles quand on les comprend mal… Il ne condamne pas l’emploi du suffrage universel dans les affaires politiques ; il laisse entendre que le nombre n’est pas la seule force du monde, et que la multitude elle-même a besoin d’avoir raison pour valider ses actes… En un mot, et pour vous rassurer, l’Encyclique ne vous interdit pas d’être de votre temps qui en vaut bien un autre et ne fait pas trop médiocre figure dans l’histoire de l’Eglise et du monde. »

Mais à côté des principes, on s’en prenait aussi à certaines paroles hasardées qui avaient pu échapper au vaillant lutteur ; lui-même ne contestait pas qu’il lui fût arrivé de soutenir des théories excessives avec une logique trop absolue, et d’apporter dans la manifestation de ses pensées une violence passionnée. Son sage ami, M. Foisset, en l’avertissant que tout ce qu’il disait