Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 31.djvu/433

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De toutes les beautés qu’elle expose aux humains
               Tu sais l’ordre et le nombre,
La moisson et son blé, la vigne et son raisin,
               Les fleurs, la forêt sombre ;

Mais, mieux que les grands bois et les rives des eaux
               Marines et courantes,
C’est la source petite au milieu des roseaux,
               Ô Ronsard, que tu chantes !

C’est l’épine fleurie où vient le rossignol
               À la fin des journées,
La lumière du ciel et la douceur du sol
               Où tes amours sont nées;

C’est la fontaine vive et c’est le jeune pin
               Par-dessus toutes choses
Que célébra ton vers odoiant et divin,
               Le laurier et les roses.

C’est pourquoi, dans ce bois où murmure le vent
               Aux branches qu’il incline.
Et qui, sonore, harmonieux et grave, sent
               Le sable et la résine,

Ô Ronsard, en ce bois marin qui, rouge et vert.
               Pousse du sol de France,
Et dont le bruit se mêle au refrain de la mer,
               Ô poète, je pense

À ce pin de Bourgueil où tu gravais un nom
               À la place choisie,
Dont les lettres d’amour devaient croître à raison
               De l’écorce élargie.

Il me semble te voir, du bout de ton couteau,
               Entailler le jeune arbre
Plus éternellement qu’un sculpteur, du ciseau,
               Ne façonne le marbre.