Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 31.djvu/436

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Pourtant, j’ai bien aimé, ô lune différente,
Ta lumière fidèle et tes regards divers.
Et, dans les ciels nombreux, où ta course est errante,
J’ai salué souvent ton astre par mes vers.

Je t’ai vue, éclairant de ma terre natale
Les villes, les coteaux, les fleuves et les bois,
Lune, et je t’ai connue aussi, orientale,
Au-dessus des cyprès et des minarets droits.

Sur ce qui fut Byzance et ce qui fut Athènes,
J’ai vu tes beaux rayons, de la hauteur des nuits,
Descendre et reposer leurs lueurs incertaines
Sur les jardins en fleurs et les marbres détruits,

Et, sous l’enchantement de ton silence, ô Lune,
J’ai vu Rome dormir en son éternité,
Et Venise, à demi baignée en sa lagune,
Toute chaude du jour, rire de volupté.

Lune, dans les agrès d’un navire qui roule
Par delà l’Océan, vers un monde nouveau.
Je te revois, dansante au branle de la houle
Et mêlant ton feu pâle aux couleurs des fanaux ;

Sur un fleuve qui gronde et tombe en cataracte
Et qui remplit l’écho d’un tonnerre gelé
Je revois, clair et dur au froid qui le contracte,
Ton disque étincelant dans un ciel étoilé ;

Et sur la molle terre où pousse la liane
Aux arbres limoneux de l’humide forêt.
Je me souviens de toi, aux nuits de Louisiane
Où tu mirais ta face au miroir des marais.

Peut-être en plus d’un ciel te chercherai-je encore
Jusqu’à ce que mes yeux indifférens et las
Se ferment pour ne plus savoir à quelle aurore
Ton astre à sou déclin aura conduit mes pas ?