Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/747

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régime ressemblerait fort, pendant sept ou huit ans, à une république où les agens pourraient être changés par le vote des Cortès, et le prince des Asturies ne serait que l’enfant chargé d’occuper un poste auquel aucun ambitieux ne peut prétendre. »

Voilà la pensée sincère, persistante de Napoléon III, et aucun propos plus ou moins authentique ne réussira à la défigurer. Thiers a altéré la vérité en cette circonstance comme en tant d’autres, lorsqu’il a affirmé que « le chef de la dynastie impériale avait prononcé une interdiction contre la candidature de Montpensier. » Et Moustier s’écartait de la pensée de son maître lorsque, dans une lettre particulière, il prescrivit à Mercier de lancer prudemment un brûlot contre la candidature du prince d’Orléans (3 novembre). Mercier heureusement se rappela le devoir d’un ambassadeur de présenter des objections, avant d’exécuter une démarche qu’il juge contraire aux intérêts ou à la bonne renommée de son souverain et de son pays, et il répondit : « La principale affaire des journaux paraît être d’exciter la méfiance et l’irritation contre nous par le dénigrement et en répandant toute sorte de bruits, par exemple, que l’Empereur favorise le prince des Asturies, l’Impératrice don Carlos. Pour déconcerter cette tactique, je suis persuadé que nous ne saurions mieux faire que de persévérer dans la ligne de conduite que nous avons adoptée. La moindre apparence que nous sommes disposés à en sortir serait immédiatement exploitée contre nous et il ne faut pas se dissimuler que si un journal nous rendait ce service, avec le peu de sincérité qu’il y a ici dans les rapports personnels, il serait bien difficile que la chose ne fût bientôt sue ou tout au moins soupçonnée. Ce ne serait donc que dans le cas d’un intérêt très réel qu’il conviendrait de nous exposer à cet inconvénient. Or, pour le moment, cet intérêt, je ne le vois pas, car, sans que nous ayons à nous en mêler, il y a bien assez de journaux qui sont tout prêts à tomber à tour de bras sur le Duc de Montpensier, dès qu’il se montre à la fenêtre. C’est au point que si vous teniez absolument à agir, je ne sais pas si le meilleur parti à prendre ne serait pas de payer un journal pour qu’il entonnât hautement la trompette en sa faveur [1]. »

Olozaga put se convaincre, en arrivant à Paris, des sentimens d’amitié de l’Empereur. Il fut admis en audience privée à présenter

  1. Lettre particulière du 20 novembre.