Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/153

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aux médicamens, à qui Louis XIV écrit en le félicitant de cette résolution : « J’espère que l’on pourra, cette fois, vous embrasser en sécurité. »

Les accouchemens aussi rentraient dans les attributions de la chirurgie. Jusqu’au commencement du XVIe siècle, les sages-femmes en avaient eu le monopole. Les princes mêmes, lorsqu’ils « sortaient du cloître maternel pour commencer mortelle vie, » suivant l’expression de Louise de Savoie, prenaient par les mains des « femmes-sages » la « première expérience de lumière mondaine. » L’une d’elles, pour avoir accouché Mme de Rethel, princesse de Bourgogne, reçoit un millier de francs en 1404. Plus tard, les souveraines, « supérieures aux règles, dit Mercier, osèrent les premières employer des hommes à un office que la pudeur semblait leur interdire. » A partir de Louis XV, les chirurgiens l’emportèrent, sauf dans le Midi ; la petite bourgeoisie, bravant le tolle que souleva cette « indécence, » eut recours à eux parce qu’ils étaient plus habiles. Leurs services d’ailleurs n’étaient guère plus onéreux.

Dans les hospices, au lieu de 2 à 3 francs dont les sages-femmes se contentaient, les accoucheurs reçoivent 5 à 11 francs et, pour l’opération césarienne, 18 francs ; le même prix pour celle du trépan, la remise d’un pied déboîté ou l’amputation d’un bras. Pour « scier et couper » une jambe, le chirurgien prenait davantage et, suivant les circonstances, de 30 à 60 francs ; pour la « remettre, » pour traiter et guérir une fracture, il obtenait de 80 à 150 francs. Faite par un spécialiste en vogue, l’opération de la pierre au XVIIIe siècle pouvait monter à 600 francs ; mais, exécutée par un « inciseur » de province, la taille, — lithotomie ou lithotritie, suivant que l’on extrait ou que l’on broie, — se payait au plus 80 et parfois 30 francs ; autant qu’il en coûtait à un homme de qualité pour se faire arracher une ou deux dents.

Mais ces dents-là étaient rares ; de même que l’autopsie et l’embaumement d’un personnage, pour qui la famille déboursait 200 francs. La masse des chirurgiens vivaient des saignées journalières qui, suivant qu’il s’agissait de manouvriers et servantes, ou de gens de métier ou de marchands et gentilshommes, étaient payées depuis 0 fr. 60 centimes jusqu’à 6 francs, et en mouline 2 à 3 francs. Les recettes annuelles du chirurgien ne furent pas en somme très différentes de celles du médecin ; soit au temps où son rang social semblait moindre, où son enseigne,