Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/185

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assombrie par les menaces innombrables des sorciers prédisant à l’enfant la mort dans un fossé et éclairée par les paroles des devins promettant à sa virilité le plus sublime des destins. Il grandit, sachant qu’il portait « la bénédiction heureuse de ses ancêtres, » mais la défendant par des amulettes sakalaves dont il était couvert contre un univers dangereux.

Nul village n’aurait pu mieux qu’Ambohimanga former à la volonté et à l’orgueil la jeune âme du futur roi : il est taillé dans le revers d’un grand rocher qui, nu du côté de la plaine, hérissé seulement de crêtes végétales, ressemble de loin « à la hure sombrement bleue d’un sanglier qui renifle le sol. » Sur ce versant où les arbres ont pu pousser parce qu’ils y étaient abrités de l’alizé, un village, abrité de l’ennemi, a pu s’étager dans sa « forêt bleue. » Invisible de toutes parts, il jouit sauvagement de se savoir caché et de découvrir toute la terre jusqu’au joug lumineux de l’Ankaratra posé sur les bosses de la lointaine Emyrne, à l’Est, et jusqu’aux mamelonnemens énormes et obscurs des horizons sakalaves, à l’Ouest. On s’y croit en forêt, sous les ombres mobiles des feuillages, mais on marche sur du granit ; dans leur enracinement au roc, les arbres ont pris une dureté minérale. A de grosses pierres maçonnées furent adossées les maisons royales ; des escaliers fouillés dans le granit y accèdent, et de longs couloirs sont tranchés dans les remparts. Parmi les vieux arbres des ancêtres qui ont triomphé de la matière ingrate, au sommet des blocs lourds l’enfant respira l’air des cimes, laissant l’espace dilater son âme tandis qu’il avait au-dessous de soi le spectacle d’ordre et de hiérarchie que composaient les terrasses en escaliers où se rangeait le peuple, au-dessous des palais de chaume.

Le grand-père s’endormit dans la mort, après avoir indiqué Ramboa comme successeur. Près d’un oncle qui disait ouvertement ne pas entendre « ramasser des sauterelles pour les enfans des autres, » le Chien souffrit, dans une tension à ne jamais se départir de sa méfiance et à tenir prête une inépuisable ressource de ruses. Parce qu’il sut s’arrêter à temps pour s’ôter une épine du pied et se dérober négligemment, il revint sain et sauf de promenades où son oncle avait décidé de le lancer-dans l’abîme ou de l’enfoncer dans une rizière. La garde invisible d’un peuple fidèle aux volontés de son grand-père et qu’il sentait dévoué à son enfance harcelée, encourageait son talent à