Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/282

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J’en suis heureux tout le premier et je ressens une joie très vive, celle de retrouver mon bien cher père.

Je réfléchis que le devoir est un composé, un ensemble sublime d’abnégation, de sacrifice, c’est donc très noble. A ce devoir, je suis prêt. Soyez certaines que je l’accomplirai tout entier, quel qu’il soit.

Malgré les marches rapides, mon père supportait bien la vie des camps ; plein de sollicitude pour celles qui vivaient de sa pensée, il nous écrivait aussi souvent que possible, et je m’empressais de communiquer à mon frère les lettres que nous recevions.

A M. Robert Le Brieux, au « Borda. »

7 mai 1859.

La santé de notre père ne semble pas souffrir et son moral est bon…

Voici ce qu’il écrit : « Nous sommes partis de Cassano pour venir camper à Galiana. Là, mon fils [1] est venu me voir et j’ai été bien heureux de l’embrasser. Il est resté avec moi une partie de la journée. C’est une nature loyale, brave, un cœur chaud, excellent. Nous sommes heureux dans nos enfans, et je sens que mon second fils ne me démentira pas ; qu’il soit pour vous deux affectueux et déférant, qu’il se souvienne du beau rang dans lequel il est entré au Borda et qu’il n’en descende pas. »

Certes, le futur aspirant de marine devait justifier cette confiance. On en peut juger par cette lettre, écrite presque en même temps que la précédente :

A M. Le Brieux, armée d’Italie, 1er corps d’armée.

Brest, 10 mai 1859.

Mon père,

Permets-moi de t’adresser cette lettre qui te portera tout mon amour pour toi.

Mon ambition, — ma volonté plutôt, — est de me montrer

  1. Son régiment faisait partie du 2e corps, commandé par le général Mac Mahon.