Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/392

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ses ruines des sociétés nouvelles, qui se trouvèrent être par leur principe, sinon par leurs élémens matériels, des sociétés chrétiennes. Ces sociétés subsistent toujours sur la base qu’elles reçurent alors, c’est-à-dire celle de la morale du christianisme. Inaugurées par les siècles qu’on dit du moyen âge, elles sont continuées par ceux qu’on appelle modernes et contemporains. Tout ce que la société moderne possède de durable et de fécond en fait d’institutions comme en fait d’idées, plonge ses racines dans les flancs mystérieux des premiers siècles chrétiens [1].


Ainsi M. Kurth ne capitulera pas : ses deux volumes continueront de s’appeler les Origines de la civilisation moderne. « Voilà quatorze siècles, écrit-il encore, que le principe civilisateur, incarné dans la société européenne, ne cesse de la façonner à l’image de la société éternelle qu’elle porte dans son sein. Et qu’en a-t-il fait ? La plus grande, la plus belle, la plus heureuse de toutes les sociétés humaines. Nier ce caractère de la civilisation moderne, ce serait nier l’évidence. Refuser d’en faire honneur au principe chrétien, ce serait un véritable aveuglement [2]. »

En regard de l’antiquité, c’est-à-dire du paganisme, il considère le christianisme comme le fait moderne essentiel. En face de l’arianisme, qui « fut la forme sous laquelle se produisit parmi les Germains l’influence corruptrice de la société antique [3], » il considère l’Eglise catholique comme l’institution moderne par excellence. La belle histoire de Caedmon, le pâtre anglo-saxon, que dans un rêve Dieu fit poète et qui dès lors, devant l’abbesse Hilda, chanta toute la suite de la religion depuis le commencement des créatures jusqu’au dernier jugement, apparaît à M. Kurth comme le symbole même des « origines de la littérature moderne [4], » fille et disciple du Verbe. Clovis et Clotilde, saint Boniface [5]et Notger de Liège, auxquels il

  1. Kurth, Qu’est-ce que le moyen âge ? p. 40-41. — De cette doctrine historique de M. Kurth, on devinera sans peine que certaines conclusions pédagogiques doivent résulter, et que M. Kurth est un partisan très déterminé des « humanités chrétiennes. » En 1901 et 1902, il a, dans deux brochures, dénoncé comme « pleine, de dangers » la méthode qui consiste « à mettre des esprits d’adolescens en contact avec le monde antique. » On pourrait croire dès lors que lorsque M. Kurth touche à l’histoire de la Renaissance, ses sympathies iraient au rigorisme de Savonarole. Il n’en est rien pourtant ; il prend contre Savonarole le parti des papes du XVIe siècle (L’Église aux tournans de l’histoire, p. 120 et suiv.). Et si, dans sa pensée tout d’une pièce et de si ferme allure, il est possible de surprendre quelque incertitude et quelque flottement, c’est au sujet de la Renaissance et de l’humanisme.
  2. Kurth, Les Origines de la civilisation moderne, I, p. 31.
  3. Kurth, Ibid., I, p. 311.
  4. Kurth, Ibid., II, p. 162.
  5. Kurth, Saint Boniface, 3e édit., Paris, Lecoffre, 1902.