Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/444

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Sans doute elle joua son rôle dans la navrante odyssée des pécheurs de Tabarka et de Philippeville. Sous ce ciel africain, tout ruisselant de lumière, combien de fois ne durent-ils pas regretter les limbes du ciel natal et ces trois pierres grises, au bord d’un golfe sauvage, qui obsédaient déjà, sous les murs de Carthage, les mercenaires celtes du temps de Salammbô !…

En l’espace de dix ans les Bretons avaient-ils changé à ce point que ni la nostalgie, ni le manque d’initiative, ni l’inaptitude à se plier aux conditions d’une vie entièrement nouvelle ne fussent plus des obstacles à leur transplantation ? M. Collignon le pensa. Il revint promptement de son erreur, et les pêcheurs sardiniers, dont on tâchait d’endormir la misère au récit des joies compensatrices qui les attendaient dans la Cocagne méditerranéenne, — comme on les berce aujourd’hui avec les mots magiques de crédit maritime et de pêche hauturière, — s’éveillèrent un beau jour de leur rêve et se retrouvèrent Gros-Jean comme devant


VII

Développement et organisation des syndicats, institution de prud’homies dans les centres sardiniers, meilleure réglementation du chalutage à vapeur et de la coupe des varechs, suppression des filets de dérive à partir du 15 avril de chaque année, extermination des bélugas, licence accordée aux pêcheurs de saler chez eux la sardine de rebut, etc., bien des palliatifs encore ont été suggérés pour atténuer les effets de la crise. Ceux-là mêmes qui les proposaient, et jusqu’à ceux pour qui l’action syndicale est la panacée de tous les maux du corps social, reconnaissent qu’on ne saurait rien attendre de leur application tant que l’alcool asservira le pêcheur sardinier.

« Nous pouvons affirmer sans aucune exagération, dit M. Louis Ropers, que la consommation d’alcool absorbe un quart du gain du pêcheur ; tout matelot, sans être un ivrogne, consomme annuellement pour 150 francs d’alcool. » — « On ne peut pas jeter dans la lutte coopératiste, dit à son tour M. Th. Le Gall, des hommes abrutis par l’alcool et par toutes les superstitions, prostrés dans l’ignorance et dans la misère et qui ne conçoivent même pas, tant leur âme tend à se matérialiser, le désir ni même l’espoir d’une délivrance prochaine. »