Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/456

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ambitions d’apprenti savant. Il est revenu dans sa province et, pour plaire aux marquises parisiennes, il imagine de leur conter des entretiens qu’il aurait eus, touchant l’astronomie, avec une marquise de Normandie, dans son parc de la Mésangère. On connaît le livre : la lecture en est encore instructive et charmante. Le commun des mortels n’en sait guère plus aujourd’hui sur le système du monde que n’en apprit l’interlocutrice de Fontenelle dans ces entretiens qui mêlent des « folies de galanteries » à de substantielles leçons. Si peu qu’il eût d’imagination, Fontenelle nous a révélé la troublante poésie de cette immensité qui s’ouvrait avec ses « fourmilières d’astres » et ses « germes de mondes. » Mais ce qu’on ne saurait trop remarquer, c’est la nouveauté du livre. La découverte de Copernic et de Galilée pouvait bien être admise par tous les savans : elle n’était pas arrivée au public : « Presque pour tous les esprits elle était aussi profondément cachée dans les sciences qu’elle l’avait été dans la nature. » Ce qui n’est pas moins significatif, c’est le succès du livre qui fut considérable. « Une science hérissée de calculs, transformée en tableaux, enchante l’ignorance qui la comprend, étend à l’infini le champ des vérités et des fictions poétiques et agrandit la création de nouveaux mondes… La plus haute des sciences était descendue sur la terre [1]. » Fontenelle venait de prendre conscience de son véritable talent, celui qu’il enseignera aussi bien à tous les écrivains de XVIIIe siècle : il est un remarquable vulgarisateur. Et ce qu’on ne saurait trop faire ressortir, c’est l’importance du livre : le premier en date de toute une série, il adjoint au domaine littéraire une province nouvelle. Cette province, à la veille d’un siècle qui se piquera de n’admettre que la vérité scientifique, c’est la science elle-même !

Cette science, dès sa première entrée dans la littérature, est mise à l’emploi vers lequel le XVIIIe siècle ne cessera de la détourner. Il parait que le P. Tournemine, celui-là même qui devait être le professeur du jeune Arouet, se plaignait que le système des mondes planétaires ne s’accommodât pas trop des idées de la théologie. Si l’on veut avoir la preuve que Fontenelle sur ce point pensait tout de même que le jésuite, et qu’il ne se faisait aucun scrupule de ruiner dans l’esprit de ses lecteurs un bon nombre de leurs croyances, il n’est que de se référer aux ouvrages qu’il composait vers le même temps. C’est lui qui, au rapport de Trublet, est l’auteur d’une comédie intitulée la Comète et jouée sous le nom de De Visé, « petite pièce très

  1. Garat, Mémoires.