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948 REVUE DES DEUX MONDES.

croire qu’il est sorti fortifié d’une épreuve aussi redoutable et aussi imprévue.

La veille, le 29 jamder, répondant à M. Allard, anticlérical intransigeant et farouche, qui avait dénoncé la démarche des évêques comme une provocation intolérable, M. Briand lui avait dit : « Je n’ai pas reçu la même impression que vous de cette Déclaration... Ce qui m’a frappé, ce qui devrait vous frapper aussi, ce dont vous devriez vous féliciter, c’est un fait très important malgré tout, et qui vous apparaîtra demain quand vous aurez relu le document. » Ce fait est celui que nous avons signalé nous-jnéme : les évêques, sans retirer aucune des condamnations qu’ils avaient lancées contre la loi, essayaient cependant de ^dvTe avec elle. « Oubliez les termes dont ils se sont servis, disait M. le ministre des Cultes; oubliez les conditions qu’ils posent ; nous n’avons ni à les subir, ni même à les recevoir. N’envisageons que le principe. Les évêques admettent qu’en principe il est possible de s’accommoder d’une disposition de la loi de 1907. » Paroles sages, prudentes, tout à fait dignes d’approbation. Mais le lendemain M. Clemenceau a pris la parole, et on a pu voir tout de suite qu’il était dans un de ses jours de bonne humeur expansive. Rien ne résiste à la bonne humeur de M. Clemenceau ! « M. Allard, s’est-il écrié, a dit hier que nous nous débattions dans l’incohérence. A mon avis, il n’y a rien de plus vrai. Nous sommes dans l’incohérence parce qu’on nous y a mis. J’y suis, j’y reste! » La nouveauté d’un pareil langage, de la part d’un président du Conseil, a produit une vive impression : on en a ressenti comme un choc. Le « j’y suis, j’y reste » de M. Clemenceau a paru moins héroïque que celui du maréchal de Mac-Mahon à Malakoff, mais beaucoup plus original. Et qui donc a mis M. Clemenceau dans l’incohérence? On n’a pas tardé à apprendre que c’était M. Briand. S’il ne l’a pas nommé, il l’a clairement découvert et désigné en affirmant que tout le mal venait de l’article 4 de la loi de 1905, article qu’il a, lui, attaqué au Sénat, mais que M. -Briand a fait voter à la Chambre. Parlant de la Déclaration des évêques : « Expliquons-nous, s’est écrié M. Clemenceau : qu’est-ce que ce document?

Voulez-vous que je vous dise mon opinion? Ce n’est rien; 

c’est un mauvais article de journal; voilà tout ce que j’en peux dire. Si vous le considérez comme un document diplomatique public, ie n’ai qu’à hausser les épaules : et si vous le considérez comme une manière d’entrer en conversation, je n’ai qu’un mot à dire, c’est que nous ne causerons pas. M. le ministre des Cultes a fait ressortir, conmie c’était son droit, que le Pape avait fait des con-