Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/490

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Bismarck, mis au courant, arrangea ce grave incident. Batoum resta à la Russie et fut déclaré « port franc ; » mais des surprises de cette nature expliquent l’animosité réciproque des deux missions.

Ces piques s’envenimaient surtout entre lord Beaconsfield et le prince Gortschakoff. Celui-ci manquait aux séances du Congrès qu’il présumait devoir être trop cruelles à son amour-propre. Plus d’une fois pourtant, l’ironie britannique blessa au vif la susceptibilité moscovite. Les protocoles eux-mêmes, dans leur correction officielle, laissent passer quelque chose de ces dangereux éclats.

Le 29 juin, à propos d’une question extrêmement pénible pour la Russie, la reprise de la Bessarabie à la Roumanie en échange de la Dobroudja, lord Beaconsfield s’exprime en ces termes :


Le premier plénipotentiaire d’Angleterre appelle sur une situation aussi grave toute la sollicitude de la Haute Assemblée. Lord Beaconsfield déplore cette ingérence dans le traité de Paris et proteste contre elle sans avoir même à se préoccuper de savoir si l’échange dont il s’agit est ou non sanctionné par le possesseur actuel. Les autres signataires du traité de Paris ayant décliné toute intervention dans cette affaire, le premier plénipotentiaire de la Grande-Bretagne ne saurait conseiller au gouvernement de la Reine d’employer la force pour maintenir les stipulations de ce traité, mais il proteste contre ce changement et attend les explications de ses collègues de Russie, etc.


Quel ton ! Gortschakoff eut un sursaut. Il donne les explications sollicitées « sur la liberté du Danube » et ajoute que son gouvernement ne saurait revenir sur cette question, « espérant que lord Beaconsfield ne persisterait pas dans ses objections… »

Querelles où l’on entend comme un bruit d’armes. Bismarck les faisait parfois naître pour avoir le bonheur de les arranger !

L’inimitié déclarée entre les « deux chanceliers, » allemand et russe, était, à la fois ; l’amusement et l’embarras du Congrès. Le prince de Bismarck accablait son collègue des traits d’une plaisanterie mordante, mais à peine perceptible sous les formes d’une haute courtoisie.

La première fois que le ministre d’Etat russe voulut intervenir au débat, un incident se produisit, qui ne contribua pas peu à dégoûter le vieux chancelier :


Le prince Gortschakoff ne prenait part aux séances du Congrès qu’à de rares intervalles. La plupart du temps, il faisait annoncer qu’il regrettait