Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/493

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Le président du Congrès, voyant que les deux négociateurs s’enferraient toujours davantage dans l’impasse où ils s’étaient mis, proposa d’un ton ironique la combinaison suivante : le Congrès suspendrait sa séance pendant une demi-heure : les seconds plénipotentiaires russe et britannique, de concert avec le second plénipotentiaire allemand, prince de Hohenlohe, résoudraient la difficulté à la majorité des voix… Eh bien ! ce galimatias tourna à notre avantage. Je maintins la ligne de San-Stefano, le marquis de Salisbury le nec plus ultra tracé par notre état-major. Le prince de Hohenlohe proposa un tracé intermédiaire qui divisait en parts égales le tracé en litige. J’acceptai et la question fut résolue. Nous signâmes le traité le surlendemain [1].


Ce récit offre la psychologie exacte du Congrès, — et d’une époque. Chacun joue son rôle au naturel… Mais les intérêts des peuples trouvent, tout de même, leur voie ; et ce sont ces intérêts qui, en se combinant sous une surveillance vigilante, assurent la singulière récompense que l’on sait aux victoires de la Russie.


La Russie voulait-elle anéantir la Turquie ? Avait-elle avantage à substituer, à cette domination peu dangereuse, celle des puissances maîtresses de la Méditerranée et des Balkans ? D’autre part, l’Angleterre avait-elle vraiment la pensée qu’elle empêcherait l’effondrement de l’Empire turc ? Soutiendrait-elle jusqu’au bout l’auteur responsable des « atrocités bulgares ? » N’avait-elle pas d’autres rivaux à craindre que ces Slaves qui faisaient alors son unique souci ?

Entre ces deux politiques adverses, l’une et l’autre insuffisamment éclaircies et peu sûres d’elles-mêmes, l’Allemagne passe et fait son butin. Voilà toute l’histoire du Congrès.

La première et la plus grosse question fut la question des Balkans. Le débat présente deux phases ou deux aspects. D’abord l’Angleterre., avec obstination et rudesse, selon l’accord du 30 mai, s’oppose à la formation d’une « grande Bulgarie » et s’efforce de maintenir les armées turques sur les Balkans. Elle réussit. Mais cette victoire est sans lendemain. En fait, l’Angleterre n’a pas une combinaison durable à opposer au projet de constitution d’un nouvel Etat slave.

Deux autres solutions seraient possibles : ou consolider la Turquie ou introduire la Grèce en héritière de l’Empire turc. La première de ces solutions s’évanouit, pour ainsi dire, par la

  1. Souvenirs inédits du comte P. Schouwaloff.