Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/508

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Asie et sur mer, c’est un traité défensif conclu entre l’Angleterre et le Sultan, laissant à celui-ci, par une interprétation favorable, « la disposition des Détroits » (c’est-à-dire l’occupation éventuelle des Détroits par la flotte anglaise), le tout appuyé, en fait, sur l’occupation de l’île de Chypre.

Ces deux avantages, l’Angleterre en avait obtenu la reconnaissance de la part de l’Allemagne, par une négociation préliminaire au Congrès, à charge pour elle de concourir à l’attribution à l’Autriche-Hongrie de l’administration en Bosnie et en Herzégovine. Ainsi, tout s’éclaire à la fois [1].

Parmi ces marchandages, on perdait de vue le motif qui avait été l’origine de la guerre, « l’amélioration du sort des chrétientés d’Orient. » Il ne faut pas croire, cependant, que le Congrès ne se soit pas occupé de cette noble cause. Le président, prince de Bismarck, ne manque jamais d’insister sur « la haute mission civilisatrice » qui appartient, de ce chef, aux puissances. La Russie y veille, bien entendu, et la France, qui s’est appliquée à ménager le reste d’influence que son œuvre traditionnelle, soit religieuse, soit libérale, lui conserve en Orient, la France a adopté pour ligne de conduite d’aider,

  1. Personne n’a mieux compris et mieux expliqué le jeu de cette convention du 4 juin, qui lia toutes les parties engagées simultanément devant le Congrès, que Carathéodory pacha. Il en souffrit le premier et très cruellement, car cette entente secrète ruina d’avance toute son action : « La convention anglo-turque et la cession de Chypre qui venaient d’être divulguées à ce moment contribuaient aussi à exciter la convoitise des Autrichiens. Ceux-ci avaient eu de très bonne heure connaissance de l’arrangement secrètement conclu entre l’Angleterre et la Turquie ; il ne faut pas en douter, pas plus qu’il n’y a lieu de douter qu’ils auront mis dans le secret M. de Bismarck, vis-à-vis duquel le comte Andrassy n’aurait jamais osé garder le silence sur un sujet de pareille importance ; et, pendant que les Anglais, qui avaient pris Chypre, trouvaient tout naturel de seconder l’occupation de la Bosnie par les Autrichiens, ceux-ci, de leur côté, devaient évidemment redoubler d’efforts pour ne pas sortir du Congrès moins avantageusement que les Anglais.
    « Le 4 juillet, un télégramme de la Porte affirmait aux plénipotentiaires ottomans l’existence d’une convention signée entre l’Angleterre et la Turquie au sujet de l’Asie Mineure et de Chypre. Ils furent on ne peut plus contrariés de n’avoir pas connu plus tôt un fait de cette importance (seuls, donc, ils n’étaient pas dans le secret) qui, s’il avait été connu à temps, leur eût donné le droit d’exercer sur les plénipotentiaires britanniques une pression beaucoup plus forte que cela n’avait été le cas. Le 7 juillet, la convention était ébruitée et probablement publique à Londres. Immédiatement, on connut le fait à Berlin et, dès ce moment, les Autrichiens, profitant du désarroi causé dans les rangs de ceux qui ne la connaissaient pas d’avance (c’est-à-dire tout le monde, sauf l’Angleterre, l’Allemagne et l’Autriche elle-même) se montrèrent encore plus intraitables dans leurs exigences. » (Souvenirs inédits.)