Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/510

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du Congrès. Si la France avait fait défaut ou avait discuté, son abstention ou ses critiques menaçaient l’unanimité, et tout était en question.

L’Italie était peu satisfaite. De vagues velléités favorables à la Russie qu’elle avait manifestées au début (par crainte de l’influence grandissante de l’Autriche-Hongrie dans la zone adriatique) ne lui avaient pas porté bonheur. Sa présence avait été pour ainsi dire omise, et son premier plénipotentiaire, le comte Corti, se plaignit d’avoir été trompé par le prince de Bismarck. Celui-ci voulait probablement faire sentir aux Italiens l’intérêt qu’ils trouveraient à s’abriter désormais sous l’aile de l’Allemagne.

Quoi qu’il en soit, l’Italie, seule, ne pouvait agir ; mais si son humeur morose se fût épanchée dans le sein de la France, si toutes deux, réclamant, devant le Congrès, leur rôle de puissances méditerranéennes et de puissances d’équilibre, s’étaient placées résolument entre les deux groupes, la Russie eût eu le moyen de manœuvrer.

L’avantage qu’une attitude, à la fois plus souple et plus dégagée, eût assuré à la France, fut pressenti par les chefs du Congrès. Ils prirent les devans, si bien qu’ils firent, d’eux-mêmes, à cette puissance, une situation plus belle que celle même sur laquelle paraissent avoir tablé ses représentans et son gouvernement.

C’est ainsi, qu’en dépit des fameuses « réserves, » les plénipotentiaires français furent contraints, en quelque sorte, de saisir une occasion qui se présentait à eux de faire sanctionner par le Congrès la politique traditionnelle de la France dans les Lieux-Saints et, d’une façon générale, ce qu’on est convenu d’appeler le « protectorat catholique » en Orient. La Haute Assemblée reconnut, à ce titre, « les droits acquis à la France, » c’est-à-dire une autorité précieuse dans toute l’étendue de l’empire et principalement dans ces régions si importantes, la Palestine et la Syrie.

Bientôt une autre circonstance s’offrit où la France put encore prendre avantage. Avec la portée toujours considérable des initiatives françaises en Europe, elle décida de l’orientation future de la politique européenne : c’est à partir de cette heure, en effet, que la France se retourna vers ses intérêts méditerranéens. De nouveaux horizons s’ouvrirent ; les puissances se précipitèrent vers « l’expansion coloniale. »