Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/511

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Parmi ces silences éloquens, qui sont pour ainsi dire la trame secrète du Congrès de Berlin, il en est un qui ne fut pas rompu une seule fois, mais dont le sujet troubla sans cesse les esprits. On n’en parlait jamais, on y pensait toujours. Il s’agissait de l’Egypte.

L’Egypte, c’est, par excellence, « la route de l’Inde. » Depuis Aboukir, l’Angleterre n’a jamais perdu de vue la terre des Pharaons. Le canal de Suez, percé de la main de M. de Lesseps, accrut sa vigilance. Les folies financières d’Ismaïl donnèrent prise à son contrôle. L’achat des actions du canal afficha ses ambitions.

La situation diplomatique de l’Egypte était assez singulière. Appartenant toujours à l’Empire turc, elle réclamait, depuis le temps de Méhémet-Ali, une certaine liberté de mouvement que plusieurs puissances, et, au premier rang, la France, avaient admise et encouragée. Elle ne suivait plus absolument le sort de la Turquie. En 1877, au cours des négociations qui précédèrent la guerre, cette situation spéciale s’était compliquée encore. L’Angleterre avait stipulé que l’Egypte et le canal de Suez seraient hors de l’atteinte des hostilités et, pourtant, les troupes du khédive avaient vaillamment combattu, à Plewna, dans les armées ottomanes.

Quand l’heure des négociations sonna à Berlin, les précautions prises par l’Angleterre se renforcèrent des « réserves » faites par la France. L’Angleterre avait soustrait l’Egypte aux conséquences de la guerre ; la France prétendait la soustraire aux conséquences de la paix. L’Egypte fut nommément désignée dans la note française parmi les régions dont le Congrès n’aurait pas à s’occuper.

C’est une question de savoir s’il n’eût pas été plus sage de laisser à l’Europe, qui paraissait vouloir consolider alors ce qui restait de l’Empire turc, la possibilité d’étendre au rivage africain les garanties qu’elle prenait si solennellement pour les provinces européennes et asiatiques. Mais la politique française subissait alors des influences diverses.

Quoi qu’il en soit, les événemens avaient marché ; la « question d’Egypte » était née et se développait en même temps que la question d’Orient. Peut-être pourrait-on dire qu’elle mûrit précisément à Plewna.

La crise financière s’était accrue dus dépenses faites pour