Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/518

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Le prince de Bismarck s’en alla tranquillement prendre les eaux à Kissingen.


L’Allemagne, sous sa direction, avait achevé la grande manœuvre commencée à Duppel, poursuivie à Sadowa et à Sedan : cette fois, c’est la Russie qu’elle a battue, et sans coup férir. Après avoir rompu les digues à l’Ouest, elle déborde vers l’Est et vers le Sud ; elle jette l’Autriche-Hongrie sur le Danube, et refoule les Slaves vers les steppes de l’Asie.

L’Angleterre, à la faveur d’un tel bouleversement, s’est glissée par le corridor méditerranéen et a contourné les terres méridionales où elle cherche à mettre le pied.

Ainsi, l’Europe se sent à la fois resserrée et comprimée au centre et à la circonférence. Elle a besoin d’espace et d’air ; elle étouffe.

Or, précisément, à Berlin, des mots fatidiques ont été prononcés : Asie Mineure, Chypre, Egypte, Tunisie. Ce sont les pays du rêve. La porte d’or s’est ouverte ; les imaginations sont à l’essor. Si l’Europe est trop petite, eh bien ! il y a l’univers.

La politique européenne s’incline devant la prépondérance allemande ; les autres puissances n’ont qu’à chercher au loin leurs compensations : une nouvelle époque commence, celle de la politique mondiale.


GABRIEL HANOTAUX.