Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/578

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vous verrez que ce même mot crisantémum n’est pas si rude à prononcer qu’il vous a paru d’abord.

Je reviens, chère cousine, à ma difficulté. Il faut absolument que vous parveniez à connaître de vue et par leurs noms environ deux cents plantes et que je sache quelles elles sont, pour que je puisse, avec succès et plaisir pour vous, vous parler de botanique. Autrement, mes détails abstraits ne feront que vous ennuyer quand vous n’en verrez pas l’application. Pour étudier utilement et agréablement la nature, il faut avoir ses productions sous les yeux.

Mon intention est bien de faire un herbier à notre petite jardinière : mais outre qu’il prendra du temps, son usage sera de lui conserver le souvenir des plantes qu’elle aura connues, mais non pas de les lui faire connaître. Il faut donc mettre un peu plus de diligence dans vos envois, ou vous aider de quelque jardinier ou apothicaire qui vous montre et nomme le plus de plantes qu’il se pourra. Je me suis tellement perdu dans mon bavardage qu’il ne finit qu’avec mon papier. Je ne vous dis donc rien pour aujourd’hui de vous, ni de moi, mais je charge votre cœur d’être l’interprète du mien.

[A Madame de Lessert.]

A Paris, le 11 octobre 1772.

C’est à moi, chère cousine, bien moins occupé que vous, ou du moins d’occupations bien moins respectables et chères, à me reprocher ma négligence ; mais pour ne pas revenir toujours au même préambule, je me livre sans excuse à la censure que je mérite, me contentant de vous répéter avec vérité que vous n’avez point cessé et ne cesserez jamais d’être présente à mon cœur et à ma mémoire. Vous ne doutez pas non plus, je l’espère, du tendre intérêt avec lequel j’apprends l’état dans lequel vous rentrez, état qui devient un fléau pour tant d’autres femmes, mais qui n’est pour vous qu’une nouvelle bénédiction du Ciel et par lequel vous éprouverez un jour qu’une nombreuse famille bien élevée est la richesse ainsi que la gloire de la femme forte. Ma pauvre femme vous en félicite en soupirant ; elle dit que ce sont des gages que votre mari vous laisse de son amour à ses départs pour Beaucaire. Choyez-le bien, ce