Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/582

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Bonjour, belle et bonne nourrice ; vous avez raison de ne vous pas laisser chômer d’ouvrage dans un métier dont vous vous acquittez si bien. Ma femme vous embrasse mille fois. Elle a toujours le cœur plein de vous, et de la course j’ose dire indiscrète que le zèle de l’amitié vous fit faire avec elle et dont nous parlons bien souvent.

A Madame de Lessert, née Boy de la Tour, à Lyon.

A Paris, le 26 avril 1773.

J’ai eu hier le plaisir, chère cousine, de passer la journée avec votre cher mari, que j’ai trouvé plein de complaisance et de gaîté, et jouissant de la santé la plus prospère. Il a voulu lui-même apporter à ma femme le précieux cadeau que vous lui annonciez si modestement dans la lettre pleine d’amitiés et de bontés que vous lui avez écrite. Je me suis fait son secrétaire auprès de vous pour vous faire ses plus tendres remerciemens, conjointement avec mes reproches. En vérité, vous abusez beaucoup de l’autorité absolue que vous avez sur l’un et sur l’autre, et si l’amitié qui est entre nous vous portait à vouloir faire quelque cadeau à ma femme, en le rendant moins magnifique, vous l’auriez rendu plus amical. Toutefois, la douce idée de marcher sous vos enseignes et de porter votre uniforme le lui fera porter avec autant de plaisir que de reconnaissance, et si jamais nous sommes assez heureux pour revoir la personne que nous honorons et chérissons le plus au monde, j’espère qu’elle pourra se montrer à vous parée de votre don. Je n’ajouterai rien sur le choix et sur la couleur. Ce choix est de vous, c’est tout dire, et il y a longtemps que je sais qu’il y a autant de noblesse dans votre goût que dans votre cœur.

Adieu, chère cousine ; puisque vous voilà à Fourvière, vous y recevrez dans peu la lettre de botanique [1]que je vous ai ci-devant annoncée. Nous embrassons l’un et l’autre le cher et charmant groupe qui vous entourait au moment que vous écriviez votre lettre ; et au milieu de cette image touchante, que nos cœurs ne contemplent point sans émotion, brille d’un éclat aussi pur que vif celle qui en est l’auteur et le centre.

  1. La sixième lettre sur la Botanique est du 2 mai 1773.