Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/601

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chez elle, en 1714, deux ducs et pairs, MM. de La Force et d’Aumont, pour les circonvenir ? Les voyant devant elle silencieux et sur leurs gardes, n’eut-elle pas l’audace de leur dire, dans un élan de franchise et d’emportement : « Pour arriver au trône, le cas échéant, sachez bien, Messieurs, que je mettrais le feu, s’il le fallait, aux quatre coins du royaume ! »

Toute la conspiration de Cellamare est dans ce mot-là.

Mme du Maine était trop perspicace pour n’avoir pas l’instinct du danger qu’elle courait. Un jour, à Sceaux, le Duc son mari l’aborde d’un air triomphant, pour lui montrer la traduction, faite par lui, de l’Anti-Lucrèce du cardinal de Polignac. « Vous verrez, dit la Duchesse railleuse, qu’un beau matin vous vous réveillerez à l’Académie, et M. d’Orléans, à la Régence. » La seconde partie de la prédiction ne tarda pas à s’accomplir. Voilà le grand Roi mort, le Régent en fonctions, le testament royal cassé, enfin le faible duc du Maine dépouillé, par les édits, de la Régence et de la plus grande partie des prérogatives dont l’avaient accablé la générosité de son royal père et la singulière tendresse de Mme de Maintenon, sa mère adoptive. Le lit de justice du 26 août 1716 accomplit la déchéance de sa maison. Aussitôt la levée de la séance, le comte de Toulouse, le frère cadet du duc du Maine, moins frappé que son aîné, se retira dans son hôtel de la rue Saint-Honoré, et la duchesse du Maine vint l’y rejoindre avec ses enfans. Déjà elle avait quitté Sceaux, qui ne lui rappelait plus que des jours follement gaspillés et s’était installée à Paris, rue Sainte-Avoye, au Marais, dans la demeure d’un de ses intimes, le premier président de Mesme. Elle ne pouvait sans amertume voir son beau-frère maintenu au Conseil de régence, tandis que son mari ne l’était pas. Elle reprochait durement au comte de Toulouse d’avoir accepté cet avantage sur le duc du Maine, prétendant que le devoir d’un cadet était de faire cause commune avec son aîné, et qu’il eût dû renoncer spontanément à la qualité de prince du sang dont on lui faisait l’aumône. Devant cette sortie, M. de Toulouse hésitait. On se sent désarmé vis-à-vis d’une femme. « Monseigneur, lui glissa dans l’oreille le chevalier de Hautefort, son premier écuyer, seriez-vous assez dupe pour vous associer aux fureurs d’une folle ? » Après cette scène, l’exaspération que la Duchesse était obligée de dissimuler au public ne fit que croître et s’exhaler à tort et à travers. Elle s’attaqua au premier président du