Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/621

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aux attentions et aux prévenances, elle ne cessa de se plaindre entre ses quatre murs, affectant pour tout ce qui l’entourait, dans ce lieu de malheur, un profond dédain. Malgré les adoucissemens pour son sort, elle aura le front de prétendre plus tard « avoir subi toutes les horreurs de la captivité. » Que n’inventera-t-elle pas pour le démontrer ? Il est vrai qu’elle tomba malade ou fit semblant de l’être. A peine rétablie de ces premières secousses, elle se mit à manier des cartes du matin au soir. « Quand le jeu s’arrête, rapporte la Palatine, la colère la reprend. Elle tombe alors sur mari, enfans, domestiques. » Le personnel de la citadelle ne sait plus à quels saints se vouer, tant elle se montre terrible dans ses accès de violence. Aussi longtemps qu’elle réside à Dijon, elle joue le rôle de « Roland furieux. »

Deux jours après son arrivée au château fort, La Billarderie, chaudement félicité par le ministre Le Blanc, pour le tact et la délicatesse dont il avait fait preuve envers sa prisonnière, s’en retourna à Paris, chargé de remettre à Mme la Princesse un coffret contenant les pierreries de sa fille, qui valaient plus d’un million. On avait laissé seulement à Mme du Maine une boucle de diamans, un collier de perles et deux portraits qu’elle avait souhaité garder.

Tandis qu’elle « rageait sous les verrous, » Mme la Princesse allait trouver le Régent pour lui demander à la reprendre chez elle à Anet. Philippe lui répondait : « Si Mme la Duchesse s’était bornée à conspirer contre ma vie, passe encore ; mais elle a manqué à l’Etat : je suis obligé de la laisser en prison. » Anne de Bavière s’adressa ensuite à la Palatine, la suppliant d’obtenir au moins du gouvernement l’envoi à Dijon du reste de la maison de Sceaux : les dames d’honneur de la Duchesse, ses autres femmes de chambre, ses valets, son barbier qu’elle réclamait. L’Allemande répondit par un éclat de rire à de telles exigences. Cependant, avec ou sans l’intervention de Madame, le sort de Mme du Maine fut adouci peu à peu. On lui envoya Mme de Chambonas, une de ses dames d’honneur, son médecin et trois personnes de service. « Ce fut là, dit Dangeau, une consolation pour cette princesse » qui souffrait de grandes incommodités et avait « l’habitude d’être toujours environnée de monde. » Son moral n’en fut guère amélioré. Elle eut des vapeurs. Sa tête s’égarait parfois. Elle réclamait sa mère à