Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/624

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cachet. Les coupables y gagnèrent ; car une peine prononcée par la Cour suprême, pour crime de haute trahison contre l’État, eût été sans doute beaucoup plus forte qu’une incarcération mitigée et temporaire. Celle-ci était encore trop courte pour que la grâce pût intervenir déjà. La Duchesse le comprit elle-même et se rejeta d’un autre côté après cinq mois passés à Dijon, au milieu d’une foule « d’incommodités, » qui sont celles en somme des prisonniers ordinaires, mais qu’elle n’avait pas pu soupçonner dans sa fastueuse existence de Sceaux ; elle conjura sa mère de lui obtenir au moins un changement de résidence. Elle se flattait de l’espoir d’être rapprochée de Paris. Le gouvernement ne lui laissa que le choix entre le château de Dijon et une autre forteresse du même genre : la citadelle de Chalon-sur-Saône.


V

Le désir de troquer sa pénible situation contre le hasard d’une autre, l’occasion de revoir des gens dévoués qui devraient escorter son carrosse, la déterminèrent quand même à accepter cette translation, ou du moins à la subir. C’est encore La Billarderie le jeune qui vint la prendre dans les premiers jours de mai 1719, avec un détachement de gardes du corps, et qui l’accompagna à sa nouvelle résidence. Dès son entrée à Chalon, elle se déclara très mortifiée de ne pas se voir internée simplement dans la ville et d’être encore incarcérée aussi durement qu’à Dijon. Cette fois La Billarderie fut maintenu auprès d’elle comme surveillant. Ce brave garçon l’entoura de soins, lui obtint une calèche pour la promenade. Si la nouvelle installation est presque aussi insalubre que la précédente, du moins le traitement s’est encore amélioré.

Le Régent désigna pour commander la citadelle de Chalon, pendant le séjour de la Duchesse, un colonel en réforme nommé Desangles, « homme d’un vrai mérite. » Le ministre Le Blanc lui traça sa ligne de conduite en ces termes : « Les discours de la Duchesse ne doivent point vous écarter de la règle qui vous est prescrite. Il faut passer quelque chose à une personne fatiguée de la prison : sa situation ne lui permet point de n’être pas souvent mécontente. En ne manquant à rien de tout ce qu’exige la naissance de la princesse, il n’y a pas à s’inquiéter de l’humeur qu’elle fait paraître. »