Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/627

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seigneuriale flanquée de quatre grosses tours, bâtie au XIVe siècle, démantelée au XVe, luxueusement aménagée et remplie d’objets d’art. Le marquis de Migieu, président au Parlement de Bourgogne, en était alors possesseur. De bon ou de mauvais gré, il s’en retira pour mettre sa demeure à l’entière disposition de l’exilée. Elle passa environ six mois à Savigny. Elle y put augmenter encore son personnel domestique et y avoir ce qu’elle appelait fièrement « le particulier d’une princesse. » Son nom est resté très populaire dans le pays. Les vignerons, en montrant de loin la tour Sud du château, ne manquent pas de dire à l’étranger : « Voilà la chambre de la Duchesse ! » On y a conservé son portrait et son clavecin.

Ce coin de Bourgogne est réputé non seulement pour ses vins, mais aussi pour la vue d’un site charmant, le vallon de la Fontaine-Froide à la sortie du village de Savigny ; un chemin courant sous une voûte de verdure mène à cette source renommée. A l’ombre d’un tilleul trois fois séculaire, elle sort de la montagne et tombe dans un bassin, d’où elle s’épand en cascades cristallines. La Duchesse aimait, dit-on, à diriger sa promenade quotidienne vers ce paysage solitaire. Là, ses idées poétiques la reprenaient, et elle exprimait souvent le regret de n’avoir pas, pour les nymphes de Sceaux, dans le séjour de son ancienne splendeur, cette eau pure et murmurante. « Que ne t’ai-je à Sceaux ? » s’écriait-elle. Ces paroles sont aujourd’hui gravées sur la pierre non loin de la Fontaine-Froide.

L’exil, c’est toujours l’ennui, si ce n’est plus la souffrance. Dans l’automne de 1719, la tenace solliciteuse demande encore à être rapprochée de la capitale. On l’y achemine par une nouvelle résidence. La voilà une troisième fois transférée, enfermée au château de Chamlay, près de Joigny, autre vaste demeure entourée de jardins dessinés par Lenôtre. Le séjour était enchanteur, mais rien ne pouvait consoler Mme du Maine de l’isolement. Mme la Princesse eut la permission d’aller visiter de nouveau sa fille. Son premier soin, en arrivant à Chamlay, fut de la presser de tout avouer. La Duchesse protesta longtemps « qu’il n’y avait rien eu, dans tout ce qu’elle avait fait, ni contre le Roi, ni contre l’Etat, rien même qui pût essentiellement préjudicier au Régent. » La mère représentait surtout la nécessité de tirer de prison le duc du Maine, qui, à Doullens, avait été dangereusement malade ; mais sa fille se retranchait derrière les