Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/629

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Elle écrit au Régent : « Trouvez bon, Monsieur, que je vous témoigne encore que je ne suis pas moins sensible à ce qui a rapport aux personnes que je vous ai nommées, qu’à ce qui me concerne personnellement. Vous savez, Monsieur, que je me suis livrée à vous, avec une confiance sans réserve… Ayez donc la bonté, Monsieur, de rendre la liberté à ceux pour laquelle je l’ai demandée. » Quant au duc du Maine, elle ajoute : « Lorsqu’il entrait dans ma chambre, dans le temps que je parlais avec ces messieurs de ces sortes d’affaires, nous changions de discours. » Elle se fût bien gardée de lui dire un mot de nature à effrayer un homme si timide : c’eût été s’exposer à voir le projet « s’écrouler en un instant. » Dans son affolement, il aurait pu « tout révéler au Régent. » Le plus grand embarras de la cause avait été de se cacher de ce mari pusillanime. « Ce fut, dit Saint-Simon, à cette mômerie que s’aiguisa tout l’esprit de la Duchesse, comme celui du duc du Maine, quand il apprit ces aveux, à jurer de son ignorance, de son aveuglement, de son imbécillité. Pure comédie du ménage ! » L’auteur impitoyable des Mémoires porte le fer rouge dans la plaie et la fait fumer.

Le plaisant de la Déclaration de la Heine des abeilles, c’est sa préoccupation littéraire. « L’amour-propre est le mobile de tout, » dit La Rochefoucauld. Chez Mme du Maine, il confinait à la vanité. Même dans ces graves circonstances, où elle tenait entre ses mains la liberté de ses adhérens, elle se montrait préoccupée du style procédurier et souvent incorrect du comité des seigneurs de Sceaux. « Ah ! fi ! ceci n’est pas de moi ! » Elle avait bien soin de le préciser, en soulignant les solécismes de son bureau de conspirateurs.

Pleurez maintenant, nymphes de Sceaux ! Adieu, chimères de gloire ! Trêve aux Grandes Nuits, aux rêves du trône ! L’heure de l’expiation a depuis longtemps sonné pour l’ambition des princes légitimés. La Duchesse a complètement désarmé ; on peut même dire qu’elle a abdiqué. « Mon repentir est fort sincère, écrit-elle au Régent, dans un second message suppliant ; j’ai fait une pénitence très rude et très longue, et je puis vous assurer que le ferme propos de me corriger l’emporte, s’il est possible, sur tout le reste. Je crois, Monsieur, que vous n’aurez pas de peine à vous le persuader, et que vous comprendrez combien m’a coûté l’aveu que je viens de vous faire. »

Le Régent lui promettait une grâce prochaine. Elle reçut en